Auschwitz, le plus grand des camps, fournit également une main-d'uvre forcée. À l'arrivée, les prisonniers sont triés par des médecins SS et soit gazés immédiatement, soit affectés au travail. Les personnes âgées et les femmes accompagnées d'enfants meurent généralement quelques heures après leur arrivée. Les hommes et les femmes valides sont mis au travail dans les ateliers du camp ou dans des usines créées spécialement à Auschwitz par l'industrie allemande. De petits groupes de prisonniers sont forcés à participer au processus d'extermination. Le camp reçoit également des prisonniers de guerre polonais et russes, des prisonniers politiques venus de l'Europe entière, ainsi que des Sinti et des Roma.

L'antisémitisme en Union soviétique depuis 1945

Les années qui suivent la victoire sur l'Allemagne nazie sont marquées par une recrudescence du nationalisme russe et par les campagnes anti-occ i dentales de la guerre froide naissante. Les dirigeants soviétiques, Staline en particulier, remettent de plus en plus en question la loyauté des juifs soviétiques, dont beaucoup ont des parents aux États-Unis, pays désormais ennemi. À partir de novembre 1948, les autorités soviétiques lancent une campagne méthodique de liquidation des vestiges de la culture juive. La littérature juive est purgée des librairies et bibliothèques, et les deux dernières écoles juives sont fermées. Les théâtres, chorales et groupes dramatiques juifs sont dissous. Des centaines d'écrivains, d'artistes, de comédiens et de journalistes juifs sont arrêtés. Pendant la même période, les juifs sont systématiquement purgés des positions de direction dans beaucoup de secteurs de la société, y compris l'administration, l'armée, la presse, les universités et la magistrature. Vingt-cinq des principaux écrivains juifs arrêtés en 1948 sont secrètement exécutés dans la prison Loubianka en août 1952. La Guerre des Six-Jours de juin 1967, au cours de laquelle Israël triomphe de ses voisins arabes, alliés politiques de l'Union soviétique, est ressentie comme un échec cuisant. En août 1967, une campagne de propagande dénonçant le sionisme et Israël est lancée dans les médias soviétiques. Aucune distinction n'est faite entre les sionistes et les juifs. Pour discréditer la politique d'Israël, des stéréotypes antisémites vieux de plusieurs siècles réapparaissent dans les caricatures politiques, des livres et des émissions de télévision. Des accusations antisémites de « conspiration juive mondiale » refont leur apparition dans des expressions comme « le réseau sioniste international », qui s'efforce « en coulisse » de « contrôler le monde », avec l'aide des « requins de la politique et de la finance ». Dès octobre 1966, à une séance des Nations-Unies, l'Union soviétique lance un thème particulièrement venimeux : « sionisme = nazisme ». Cet assaut de propagande trouve un auditoire, car la population n'a jamais été informée du sort des juifs sous l'occupation nazie.

L'antisémitisme en Europe de l'Est et en Russie depuis 1985: de vieilles idées refont surface

Les pays de l'Europe de l'Est et la Russie ont connu des changements radicaux depuis l'effondrement du système communiste à parti unique. Pour la première fois depuis des générations règne la liberté d'expression : la presse n'est plus censurée et sert de tribune à de libres débats. Un grand nombre de nouveaux journaux et revues, reflétant les opinions politiquesles plus diverses, apparaissent dans les rues. Mais cette nouvelle liberté d'expression a son revers : des publications antisémites et racistes font elles aussi leur apparition, souvent diffusées par des organisations nationalistes extrémistes.

La propagande d'aujourd'hui trouve un terrain encore plus fertile car les pays anciennement communistes n'ont jamais procédé à une évaluation autocritique des actes d'antisémitisme commis au cours de leur histoire. En Russie, par exemple, les programmes scolaires ont toujours passé sous silence la discrimination et la persécution dont la communauté juive russe a fait l'objet. Dans l'étude de la Seconde Guerre mondiale, aucune allusion n'est faite à l'assassinat systématique des citoyens juifs par les occupants allemands, sans parler du soutien dont ces derniers bénéficièrent parfois de la part de collaborateurs locaux. Les anciens gouvernements communistes contribuaient même à renforcer les préjugés antisémites : pendant des années, dans des journaux et des revues, à la radio et à la télévision, dans des livres et des conférences, un torrent d'idées antisémites se répandait sous couvert d'antisionisme.

Après quelques années de réformes économiques, une partie de la population a vu son niveau de vie s'améliorer sensiblement. Beaucoup sortent toutefois perdants de ces changements et envisagent l'avenir avec anxiété. Une telle conjoncture est depuis toujours propice à la naissance d'organisations qui proposent des solutions simples à des problèmes difficiles : blâmer un groupe en particulier pour tout ce qui va mal.


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