Dans l'Europe du Moyen Âge, le christianisme est la religion dominante. Non seulement l'Église catholique détient-elle la plus haute autorité morale, mais encore les évêques coopèrent-ils avec la noblesse dans le gouvernement des états chrétiens. Puisque l'origine du christianisme remonte aux communautés juives du ~oyen-Orient, l'attitude de l'Église envers les juifs reste indécise : faut-il obliger ou inciter tous les juifs à se convertir au christianisme, ou faut-il leur permettre de continuer de pratiquer leur religion, avec de nombreuses restrictions, en les maintenant en marge de la société et en leur rappelant constamment la supériorité du christianisme sur le judaïsme ? Dans beaucoup d'églises apparaissent des images symbolisant la « Victoire du christianisme (Ecclesia) sur le judaïsme (Synagoga) ». Les juifs sont dépeints comme des traîtres et des déicides. Souvent, ils sont représentés avec un porc - image particulièrement insultante puisque la religion juive considère les porcs comme impurs. Puisque le christianisme est devenu la religion officielle de l'Empire romain, de nombreuses illustrations bibliques du ~oyen Âge minimisent le rôle des Romains dans le procès et la crucifixion du Christ. Ce sont plutôt des juifs vêtus de costumes moyenâgeux qui sont représentés comme les principaux coupables. » À une époque où la grande majorité de la population est illettrée, cette iconographie d'église joue un rôle essentiel dans la propagation d'une image négative des juifs et du judaïsme.
Pendant les 700 premières années
du christianisme, les communautés juives d'Europe sont
rarement menacées directement. La situation change lorsque
le pape Urbain exhorte les fidèles en 1095 à partir
en croisade pour libérer Jérusalem des infidèles.
En chemin pour Jérusalem, les croisés déciment
les communautés juives le long du Rhin et du Danube. «
Comment, s'exclament-ils, devrions-nous attaquer les infidèles
en Terre Sainte, et laisser en repos les infidèles en notre
sein ? ».
Le 25 mai 1096, environ 800 juifs sont assassinés à
Worms (Allemagne), et beaucoup d'autres choisissent le suicide.
À Regensburg, les juifs sont jetés dans le Danube,
pour y être « baptisés ». À Mayence,
Cologne, Prague et dans beaucoup d'autres villes, des milliers
de juifs sont tués, leurs biens pillés.
Les croisades confirment, dans les dogmes de l'Église et les lois des États de toute l'Europe chrétienne, le statut des juifs comme citoyens de second ordre. Elles inaugurent une période d'oppression et d'insécurité qui ne prendra fin qu'au XVIII', siècle.
Au Moyen Âge, la croyance aux miracles et aux légendes est courante. Deux mythes à caractére antijuif font leur apparition en Europe : profanation de l'hostie et meurtre rituel. Ces deux mythes survivront jusqu'au XX' siècle. Selon d'autres croyances populaires du Moyen Age, les juifs portent des cornes et une queue, attributs du diable. En 1215, l'Église proclame que la chair et le sang de Jésus-Christ sont contenus dans l'hostie et le vin consacrés. À partir de cette date, des rumeurs commencent à circuler selon lesquelles les juifs volent, mutilent ou brûlent l'hostie afin de tuer Jésus une fois de plus. Les miracles f ont partie intégrante de ces mythes : l'hostie mutilée saigne, prouvant le bien-fondé de la doctrine et la vérité de la foi chrétienne. Selon l'accusation de meurtre rituel, les juifs tuent des enfants chrétiens afin de satisfaire leur prétendu besoin de « sang chrétien » pour la confection du pain de la Pâque ou pour d'autres rites religieux. Même si le haut clergé et l'État s'opposent dans bien des cas à la propagation de ces rumeurs, celles-ci se perpétuent dans les croyances populaires, soutenues et encouragées par le clergé local, qui transforme les lieux des prétendus meurtres en lieux de pèlerinage.
L'accusation de meurtre rituel sert de leitmotiv aux légendes les plus néfastes et les plus cruelles faisant partie de l'arsenal des croyances antijuives, perpétuant le mythe de la nature mauvaise et inhumaine des juifs et incitant les populations chrétiennes à une vengeance sanglante. Les accusations de meurtres rituels refont surface au XX' siècle en Russie et dans la propagande nazie.
La discrimination systématique
En 1215, ie pape decrète que les juifs doivent porter sur leurs vêtements des marques spécifiques pour les distinguer plus clairement des chrétiens. L'Église veut empêcher les chrétiens de fréquenter des juifs à leurs dépens. Ces signes vestimentaires distinctifs ne sont pas uniformes dans certains endroits, les juifs doivent porter une rouelle jaune ou rouge, ailleurs un bonnet pointu, le « bonnet juif ».
Au fur et à mesure des années,
les juifs sont obligés de vivre dans des ghettos entourés
de murs. Vu l'interdiction d'agrandir le ghetto, il devient de
plus en plus surpeuplé.
La discrimination va encore plus loin, jusqu'à nier un
droit encore plus fondamental : les juifs n'ont pas le droit de
résider en permanence dans les villes et les villages.
De plus en plus, ils doivent s'adonner au commerce, au colportage
et au prêt sur intérêt, et sont seulement admis
dans les villes pendant une période limitée, lorsque
le développement économique exige l'expansion des
échanges commerciaux et du crédit. Ils sont frappés
d'impôts supplémentaires. Lorsque la situation économique
change ou que les marchands locaux sont trop endettés envers
eux, leurs permis ne sont pas reconduits. Souvent, les juifs sont
purement et simplement expulsés. De nombreuses communautés
doivent verser des impôts au roi ou au prince en retour
de sa « protection ». Dans les États allemands,
les juifs sont considérés comme la propriété
de l'Empereur, qui vend aux princes et évêques locaux
le droit de les taxer. Souvent, les communautés juives
sont tiraillées entre les intérêts économiques
rivaux des citadins et des princes locaux « propriétaires
» des juifs.
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