Pendant la seconde moitié du Moyen Âge, les villes se développent et le commerce connaît une grande expansion. De nombreuses fonctions économiques antérieurement dévolues aux juifs sont prises en charge par d'autres groupes. Un nombre croissant de professions et de métiers s'organisent en guildes. Puisque seuls les membres des guildes sont admis 'à pratiquer ces professions, et que les nouveaux membres doivent prêter serment sur le Nouveau Testament, les juifs en sont en pratique exclus. En Europe occidentale et centrale, les juifs doivent au fur et à mesure renoncer à toutes les professions. En définitive, il ne leur reste que le commerce ou le prêt sur intérêt. De nombreuses communautés juives sombrent dans la pauvreté, et quelques-unes seulement continuent de prospérer. L'Église interdit aux chrétiens de prêter sur intérêt, mais le besoin de crédit augmente dans une économie en expansion. Les juifs sont souvent les seuls prêteurs. Les taux d'intérêts sont élevés en raison des risques et de la pénurie de capitaux.
Les juifs sont identifiés à l'usure, c'est-à-dire au prêt d'argent à des intérêts exorbitants. Un autre stéréotype du «juif » apparaît: le pauvre colporteur d'articles d'occasion. Ces deux images contradictoires des juifs, l'usurier dur et injuste et le colporteur pauvre et rusé, survivront jusqu'au XXe siècle.
Les expulsions et la peste noire
Après les croisades, les expulsions
des communautés juives entières deviennent fréquentes.
En 1290, tous les juifs d'Angleterre (environ 16 000 personnes)
sont expulsés. Ce n'est qu'au XVII' siècle que des
communautés s'établissent de nouveau dans ce pays.
En 1306, les juifs sont aussi expulsés de France. Des accusations
de meutre rituel et des émeutes antijuives aboutissent
à des expulsions. Profitant des sentiments antijuifs, les
seigneurs locaux, les magistrats municipaux ou les marchands saisissent
l'occasion de se débarrasser des prêteurs juifs envers
qui ils sont endettés, ou encore qui constituent pour eux
des concurrents indésirables. Les intérêts
économiques motivent à la fois l'acceptation et
l'expulsion des juifs.
Le XlVe siècle est assombri par une immense catastrophe
: l'Europe est frappée par la peste. Entre 1348 et 1350,
les épidémies tuent des millions de personnes, le
tiers de la population européenne. Les causes réelles
étant inconnues, les étrangers, les voyageurs et
les juifs (la seule minorité non chrétienne dans
tous les pays affectés) sont accusés d'avoir répandu
la maladie. Beaucoup de gens croient que les communautés
juives se vengent des décennies d'hostilité antijuive
en empoisonnant les puits et les sources d'approvisionnement en
eau. Au fur et à mesure de la progression de l'épidémie
depuis l'Espagne et l'Italie, vers le nord jusqu'en Angleterre
et en Pologne, environ 3 00 communautés juives sont attaquées
et des milliers de juifs sont tués. Dans les États
allemands, presque toutes les communautés juives sont expulsées.
En 1478, le pape permet la création d'une Inquisition spéciale en Espagne visant essentiellement la persécution des juifs restés fidèles au judaïsme après les conversions forcées. Des milliers d'autodafés (« actes de foi ») ont lieu, au cours desquels des juifs sont brûlés sur le bûcher, ou étranglés s'ils avouent. En 1492, les Rois Catholiques, Ferdinand et Isabelle, expulsent tous les juifs du Portugal et de l'Espagne, exilant environ 150 000 personnes et détruisant les communautés prospères. Des expulsions sporadiques de communautés juives se poursuiveront en Europe jusqu'au XIXe siècle.
Les juifs de Pologne et de Lithuanie
Les groupes juifs qui émigrent en
Pologne et en Lithuanie à partir du XIIIe siècle
forment le noyau des communautés juives polonaises et russes.
Les rois de Pologne invitent les juifs à s'établir
dans leurs États, dans l'espoir de relancer l'économie.
Après l'expulsion des juifs d'Espagne et les persécutions
qui sépoursuivent en Europe occidentale, la Pologne et
la Lithuanie deviennent dès le XVI' siècle le nouveau
centre de la vie culturelle juive en Europe.
On y parle le yiddish, mélange d'allemand médiéval
et d'hébreu.
Les juifs de Pologne jouissent d'une plus grande liberté
dans le choix de leurs professions, mais leur statut juridique
reste le même que dans l'Ouest. Certaines villes, comme
Varsovie en 1527, reçoivent le privilège «
de ne pas avoir à tolérer de juifs », ce qui
signifie que les juifs ne sont pas autorisés à s'y
établir.
En Lithuanie cependant, les juifs ont pratiquement les mêmes
droits que la population chrétienne et commencent à
former, avec elle, une classe d'artisans et de marchands. Comme
les juifs savent généralement lire et écrire,
ils administrent souvent des domaines appartenant à l'État
ou à la noblesse, et prennent en mains la perception des
impôts ou la vente du sel et de l'alcool. Ce rôle
d'intermédiaire entre la noblesse et la vaste paysannerie
les rend particulièrement vulnérables pendant les
périodes de difficultés économiques.
À la fin du XVI' siècle, la Contre Réforme
déclenche non seulement la persécution des protestants,
mais encore des flambées de violence antijuive. Les juifs
étaient considérés comme des concurrents
au plan économique. De plus, leur langue et leur religion
et leur tenue vestimentaire différentes en faisaient des
boucs émissaires.