L'émancipation

La Réforme du XVI' siècle suscite une nouvelle appréciation de l'Ancien Testament en hébreu et une meilleure compréhension de la religion juive. Après les ravages des guerres entre protestants et catholiques, l'esprit de tolérance religieuse se répand en Europe, et les attitudes à l'égard des juifs (qui ne sont plus la seule minorité religieuse) commencent à changer. Le Siècle des Lumières - le XVIlle siècle - voit naître de nouvelles tendances en faveur du respect de l'individu, dans l'affirmation de l'égalité fondamentale de tous les êtres humains. Les conditions sont réunies pour que les juifs soient enfin admis en tant qu'égaux dans les sociétés européennes. Les restrictions quant au domicile et à l'exercice d'une profession sont peu à peu abrogées, et les juifs jouissent de droits de plus en plus étendus. Les États-Unis et la France révolutionnaire sont les premiers États à conférer aux juifs le statut de citoyens à part entière. La plupart des États européens les imitent dans le cours du XIXe Siècle. En Russie, toutefois, les juifs doivent attendre encore un siècle (jusqu'à la révolution de 1917) avant d'accéder au statut de citoyens libres.

Au XIXe siècle, dans des pays comme l'Allemagne et la Russie, le débat porte sur la manière de rendre les juifs utiles à la société. Les métiers dans lesquels des siècles de discrimination les ont relégués (petit commerce, colportage, prêt sur intérêt) sont considérés contre nature; leurs coutumes religieuses, leur langue, leur habillement sont jugés barbares. En Allemagne et en Russie, l'émancipation des juifs dépend de leur assimilation. Les juifs profitent de leur liberté nouvelle et entrent dans de nouvelles professions, fréquentent les mêmes écoles et universités que le reste de la population. Mais les juifs sont toujours

considérés comme anormaux, et il est leur beaucoup plus difficile de parvenir à l'égalité sociale, d'être acceptés. Beaucoup de non-juifs réagissent avec suspicion, voire avec effroi, lorsque les juifs commencent à sortir de leur isolement et abandonnent leurs occupations traditionnelles. Les

intérêts économiques entrent également en jeu; dans certaines régions, les efforts des juifs pour s'adonner à de nouvelles activités suscitent une vive résistance.

Les nationalistes créent de nouveaux obstacles aux juifs. De plus en plus, les peuples se définissent en fonction d'éléments communs : culture, sang, langue. même les juifs convertis au christianisme et entièrement assimilés sont désormais considérés comme des étrangers. Le nationalisme ravive les intolérances religieuses c'est la base de l'antisémitisme moderne.

L'antisémitisme populaire

Au XIX' siècle, les opinions et les stéréotypes antijuifs changent. L'exclusion des juifs et la discrimination à leur égard ne sont plus fondées sur les seules différences religieuses. Lorsque le terme « antisémitisme » fait son apparition à la fin des années 1870, le statut des juifs d'Europe occidentale est problématique : malgré l'égalité des droits, ils sont perçus comme des étrangers.

Depuis le début du XIX' siècle se répand la notion de « peuple » ou de « nation » : ces entités sont considérées non pas comme de simples regroupements d'individus, mais comme des organismes uniques, déterminés par le climat, la terre et les traditions. Ces idées, largement influencées par le mouvement romantique allemand, vont à l'encontre des principes fondamentaux du Siècle des Lumières.

De manière générale, est qualifiée de juif toute personne indésirable. Pour beaucoup, le juif symbolise la faiblesse, les murs faciles, la laideur physique : l'opposé de l'idéal national.

Nombre de ces nouveaux stéréotypes prennent naissance à une époque d'industrialisation et d'urbanisation croissantes. Ces rapides changements sociaux et économiques sont porteurs de grande tension et de conflits sociaux, et beaucoup considèrent qu'ils sont destructeurs et contre nature. Les juifs quittant la marginalité et profitant des nouvelles possibilités qui s'offrent à eux sont souvent identifiés comme responsables. Ainsi naît à l'époque moderne le stéréotype du juif exploiteur et usurier qui profite du malheur des autres, ainsi que le mythe de la toute-puissante conspiration juive capable d'infléchir le cours des événements à l'echelle mondiale selon sa volonté et pour son seul profit.

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