L'antisémitisme politique

Vers la fin du XIXe siècle, un nombre croissant d'individus reçoivent le droit de voter. De nouveaux partis se créent, préfigurant les mouvements de masse modernes. Les groupes et les classes qui détiennent le pouvoir depuis des siècles sont aux prises avec un phénomène nouveau : ils doivent se mesurer à d'autres dans l'arène politique. Les partis commencent à recourir aux moyens modernes de propagande de masse afin d'attirer les électeurs. L'exploitation des sentiments antisémites se révèle un moyen efficace de briguer la faveur de l'électorat. Puisque les juifs militent en général dans les partis libéraux et socialistes, les forces conservatrices utilisent une propagande antisémite pour attaquer leurs ennemis politiques, qu'ils prétendent corrompus par la présence des juifs. Pendant la crise économique des dernières décennies du siècle, des partis politiques ayant l'antisémitisme pour seul programme se créent en France, en Allemagne et en Autriche et connaissent pendant quelque temps un très grand succès. ~ais les partis conservateurs ne sont pas les seuls à exploiter les préjugés antisémites. Wme certains socialistes considèrent le capitalisme comme une expression de l'esprit d'exploitation juif; à leurs yeux, la lutte contre le capitalisme doit avoir pour cible le capital juif ou le caractère capitaliste du judaïsme. Ces tendances se manifestant au sein des partis socialistes sont en général combattues par les dirigeants, notamment Jean Jaurès en France et Karl Kautsky en Allemagne.

L'affaire Dreyfus

En dépit de l'égalité conférée par les lois et de l'intégration croissante des juifs dans les sociétés occidentales à la fin du XIXe siècle, l'antisémitisme reste une menace pour eux. À présent, les attaques antisémites sont combattues par les défenseurs des droits de la personne. Ces deux facteurs sont reflétés dans l'affaire Dreyfus, affaire antisémite qui polorisa la société et toutes les forces politiques en France pendant des années. En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est accusé d'être un espion à la solde de l'Allemagne, adversaire de la France pendant la guerre précédente. Seule preuve : quelques mots sur un bout de papier trouvé dans une corbeille par une femme de ménage, et dont l'écriture ne correspond pas à celle de Dreyfus. ~ais Dreyfus est juif, le seul juif de l'état-major général français. Et les juifs sont considérés comme des apatrides, incapables de manifester une loyauté suffisante vis-àvis du pays dans lequel ils vivent. Dreyfus est convaincu d'espionnage, en partie sur la foi de preuves créées de toutes pièces par des officiers antisémites, et condamné à l'emprisonnement à perpétuité. Il est déporté à l'Île du Diable, au large de l'Amérique du Sud. Lors de sa dégradation publique, la foule, incitée par la presse antisémite, hurle des slogans antijuifs. Un j ournaliste prend la défense de Dreyfus, mais le véritable coupable, le commandant Esterhazy, continue de bénéficier de la protection du gouvernement.

L'affaire divise la France en deux camps. D'un côté, le gouvernement, les partis conservateurs, l'Église et l'armée considèrent que l'honneur de la nation ne doit pas être sacrifié pour un juif, qu'il soit coupable ou innocent. De l'autre côté, sous l'impulsion de l'écrivain Émile Zola et de l'homme politique Jean Jaurès, se rassemblent les partisans des droits de l'homme. D'autres procès s'ensuivent, mais il faudra attendre plus de dix ans pour que Dreyfus soit enfin innocenté.

L'affaire a un retentissement mondial. Theodor Herzl, journaliste juif viennois qui assure la couverture du procès, conclut que l'assimilation n'offre aucune protection contre l'antisémitisme, si un juif intégré au point d'être off îcier français n'est pas en sécurité. Si les juifs restent étrangers dans leur pays de résidence, ils doivent fonder leur État. Son livre, LÉtat juif - une solution moderne à la questionjuive, paraît en 1896 et aboutit un an plus tard à la fondation de l'Organisation sioniste.

Les « Protocoles des Sages de Sion »

À la fin du XIX' siècle, à Paris, un auteur inconnu au service de l'Okhrana, la police secrète russe, compose une publication qui est devenue une source d'inspiration importante pour la plupart des théoriciens du complot juif : il s'agit des « Protocoles des Sages de Sion ». Ces « Protocoles » sont censés être le procès-verbal d'une conférence de dirigeants juifs qui complotent pour dominer le monde. Les « Sages de Sion » sont accusés d'empoisonner l'État en répandant les idées libéralistes, en contestant la juste place de la noblesse, en fomentant le désordre social et la révolution.
Les « Protocoles » sont publiés en Russie en 1905. Ils passent d'abord quasi inaperçus, mais il n'en est plus de même après la Révolution. Les adversaires des bolcheviks citent les « Protocoles » pour expliquer les changements soudains et radicaux qui interviennent en Russie et pour justifier les actes de violence antisémite perpétrés pendant la guerre civile russe.
Dès 1921,'il est établi que les « Protocoles » sont un faux : l'auteur a plagié des chapitres entiers d'un pamphlet français datant de 1864 et dirigé contre Napoléon III, où il n'est pas question de juifs.
Malgré cela, les dirigeants du mouvement national-socialiste allemand, notamment Hitler et Goebbels, sont fortement influencés par les « Protocoles ». Dans « Mein Kampf », Hitler revient souvent à la thèse principale des « Protocoles », la prétendue « conspiration juive » qui viserait à dominer le monde et contre laquelle la nation allemande doit se défendre. Ainsi, les « Protocoles » contribuent à justifier la politique nazie de discrimination antijuive et d'extermination.
Après la Deuxième Guerre mondiale, les « Protocoles » font de nouveaux adeptes dans le monde arabe, où ils « expliquent » les défaites militaires des pays arabes en guerre contre Israël. Encore aujourd'hui, des groupes (surtout néo-nazis et antisémites) distribuent cet ouvrage.



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