Dans l'Empire russe, les tsars ne tolèrent pas les juifs, considérés comme ennemis du Christ. Les centaines de milliers de juifs qui sont incorporés dans l'Empire russe après l'éclatement de la Pologne sont autorisés à vivre seulement dans une zone spéciale, appelée « enclave d'établissement » (la « Zone »), où ils tombent sous le coup de nombreuses lois discriminatoires. Les juifs espéraient une amélioration de leur sort, mais ces espoirs furent anéantis par la répression qui suivit l'assassinat du tsar Alexandre Il en 1882. Le gouvernement réagit à l'attentat en recourant à une méthode qui a fait ses preuves : blâmer les juifs. Une vague de pogroms (plus de 200 en 1881 seulement) déferle sur la Zone, déclenchant un exode de réfugiés.
Au début du XX' siècle, le gouvernement tsariste déclenche une guerre avec le Japon pour tenter de détourner l'attention d'un mouvement révolutionnaire de plus en plus puissant. La presse antisémite accuse les juifs de conspirer avec l'ennemi pendant la guerre; la défaite catastrophique de la Russie donne le signal d'une vague de pogroms. Les « centuries noires », groupes nationalistes extrémistes, affirment ouvertement leur programme d'extermination des juifs. ~ais la pire orgie de violence éclate en 1905, lorsque le tsar est obligé d'accorder une constitution. Organisés surtout par la Ligue monarchiste « Union du peuple russe », et avec la collaboration des responsables locaux, des pogroms ont lieu dans plus de 300 villes. Bilan: près de 1000 morts et des milliers de blessés. Comme les pogroms paraissent avoir été autorisés par les autorités, le désespoir se répand dans les communautés juives. Entre 1881 et 1914, on estime que 2 millions de juifs quittent la Russie, la plupart émigrant aux États-Unis.
L'antisémitisme sous le régime soviétique avant 1941
La guerre civile qui éclate après la révolution bolchevique transforme l'Ukraine, où vivent 60 des juifs russes, en champ de bataille. L'Armée d'Ukraine lutte pour l'indépendance tandis que les armées « blanches » cherchent à renverser le gouvernement bolchevique; toutes participent cependani à des attaques antijuives assorties de pillages et de meurtres. Lorsque les Ukrainiens battent en retraite devant l'Armée rouge en 1919, une vague de violence antijuive sans précédent entraîne des dizaines de milliers de morts. Les armées blanches commettent elles aussi pillages, viols et meurtres, reprenant le vieux slogan « Frappez les juifs, sauvez la Russie ». Elles aussi doivent battre en retraite à leur tour'et passent leur rage sur les communautés juives qui se trouvent sur leur chemin. On recense pendant la guerre civile quelque 2 000 pogroms, qui se soldent par environ 100 000 morts et plus d'un demi-million de juifs chassés de leurs foyers.
Les sections juives du parti communiste sont le princi pal instrument qu'utilise le nouveau gouvernement pour appliquer la doctrine marxiste de l'assimilation forcée. La majorité des juifs russes militent dans les diverses organisations sionistes; ils sont les premiers à être éliminés, et des milliers de sionistes sont déportés en Sibérie. L'attaque systématique contre toute religion organisée affecte également le judaïsme. Les synagogues et les écoles sont fermées, les livres et les objets du culte confisqués et dét its. Les titulaires de charges religieuses et communautaires juives, comme les rabbins et les abatteurs rituels, sont contraints à démissionner; ceux qui refusent sont arrêtés et déportés.
À la fin des années 1920, l'emploi de l'hébreu est officiellement prohibé en Union soviétique; c'est la seule langue qui fasse l'objet d'une telle interdiction. Toute éducation religieuse juive est désormais impossible.