L'antisémitisme en France avant la Seconde Guerre mondiale

En France, la fin du 19ème siècle est marquée par diverses catastrophes nationales : défaite dans la guerre contre la Prusse, perte de l'Alsace-Lorraine et drame de la Commune de Paris. Le nationalisme français; jadis progressiste, cherche maintenant les sources de son inspiration dans le passé; il devient de plus en plus "revanchard", intolérant et antisémite.

L'Action Française ' fondée en 1899 pendant l'affaire Dreyfus, avec à sa tête Charles Maurras, est le mouvement le plus influent. Son idéologie va à l'encontre de tous les idéaux de la Révolution française : il est anti -démocratique, monarchiste et antisémite. Tout ce qui est allé de travers, un jour, dans lHistoire française, est imputé aux Juifs, censément la communauté qui a tiré le plus grand profit de la Révolution française. L'Action Française compte parmi ses plus fervents adeptes des intellectuels, des militaires, des membres du clergé, des commerçants et des employés de bureau. L'Eglise catholique, qui n'a jamais été en faveur des idéaux de la Révolution française, soutient ouvertement l'antisémitisme, au travers des journaux catholiques La Crois et Le Pèlerin, diffusés au total à 500.000 exemplaires environ. Cependant, après la Première Guerre mondiale et la victoire française, l'Action Française voit le nombre de ses partisans décliner. Mais la crise économique de 1929 marque le retour de l'antisémitisme en tant que mouvement politique,qui, fait notable, se fraie même un chemin dans la classe ouvrière, pourtant traditionellement de gauche. Enjanvier 1934, le suicide du courtierjuif russe Stavisky et les révélations au sujet de ses liens avec des politiciens corrompus provoquent de graves émeutes antisémites, ainsi qu'une tentative de coup d'Etat contre le gouvernement. Tout au long des années 30, la France est inondée d'un raz-de-marée de publications antisémites, qui pavent le chemin, en définitive, à la collaboration avec la Nazis sous Vichy.

Les théories raciales des nazis

Le meurtre de millions de juifs et d'autres « non-Aryens » pendant la Shoah est le plus grand crime contre l'humanité jamais connu. Il fut rendu possible par une conjonction unique de facteurs : le contrôle total exercé sur un État moderne par le régime totalitaire national-socialiste; la coopération active ou le consentement passif d'une grande partie de la population allemande,. la collaboration de régimes et de peuples sympathisants dans les territoires occupés; et un antisémitisme profondément enraciné commun à tous les pays chrétiens d'Europe.
Le Parti ouvrier national socialiste allemand (NSDAP) rend res onsable le « juif » de l'inflatioi et du chômage qui sévissent après la défaite de l'Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale. Dans sa propagande, le parti prétend que l'ouvrier allemand est ruiné par le « capital juif » et menacé par le « bolchevisme juif » qui vise à faire de lui un esclave.

Les théories raciales des nazis sont fondées sur des études pseudo-scientifîques du XIX' siècle. Influencées par des idées mystiques et romantiques, ces tendances politiques rejettent les principes de l'égalité et de l'humanité commune proposés au Siècle des Lumières. Au coeur de l'idéologie national-socialiste se situe l'idée de la « race », constituée de gens du même « sang », partageant une même culture et un même territoire. Les races luttent entre elles pour conquérir territoires et pouvoir; seules les plus fortes survivent. Seules les races « pures », qui ne se métissent pas avec des groupes « inférieurs », sont ca ables de créer des civilisations durables. Au sein de la « race blanche », les « Aryens » forment l'élite, une « race supérieure » destinée à asservir des races inférieures comme les slaves et à régner sur elles. Cependant, pour accomplir leur destin historique, les Allemands doivent d'abord se débarrasser des idées politiques et culturelles « étrangères », et se purger de tout « sang inférieur ». Les juifs allemands sont les premières victimes du programme de « purification raciale ». Sous l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, les juifs d'autres pays et les slaves « racialement inférieurs » sont englobés dans la « restructuration raciale » de l'Europe. Certains peuples, comme les autres nations aryennes du Nord et de l'Ouest de l'Europe, pourront éventuellement être persuadés d'accepter la domination allemande; mais il y a un groupe qui doi être totalement éliminé : les juifs.

Les mesures antijuives (1933-1939)

Immédiatement après leur arrivée au pouvoir en 1933, les nazis font de « l'expulsion des juifs de la société allemande » l'une de leurs principales priorités. Ils déclenchent une campagne de propagande et de terreur d'une envergure et d'une violence sans précédent, conçue pour stigmatiser les juifs allemands, les isoler du reste de la population et les forcer à émigrer. Les nazis font également appel aux attitudes antijuives traditionnelles de la population pour faire accepter leur régime. L'antisémitisme devient le signe de ralliement utilisé dans la propagande de la « Révolution allemande ». Puisqu'il s'agit de la seule politique « révolutionnaire » que les nazis appliquent sérieusement, ses réussites sont constamment publiées dans les médias, et sont annoncées par le « Stürmer », système d'affiches apposées dans toutes les villes et villages. Dès 1933, ' les nazis appellent au boycott des commerces et entreprises juifs. Des mesures sont prises pour exclure les juifs de la fonction publique, des professions libérales, puis d'un secteur de l'économie après l'autre. Les juifs allemands sont progressivement relégués en marge de la société. Les lois de Nuremberg de 1935 leur retirent l'égalité conférée par les lois - trois

générations après l'émancipation - et les pleins droits civiques. Simultanément, le régime promulgue sans cesse de nouveaux règlements visant à dépouiller les juifs de leurs biens avant qu'ils n'émigrent. Parallèlement, de nombreux pays ferment leurs portes aux réfugiés juifs allemands.

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