Peut-on rire de tout ?
Question récurente posée à nos humoristes
suite à la "triste affaire Dieudonné"
et dont certaines réponses prêtes à fuser
s'imposent; telle que celle de Lapalice "oui, si l'on rit
c'est que l'on peut..."ou à la Desproges "oui,
mais pas avec tout le monde" et enfin la mienne " oui
si c'est de l'humour..."
On ne peut pas forcer le
rire, c'est bien d'ailleurs la chose la plus difficile que de
faire rire.
Pour en revenir au tollé déclenché par son
sketche, Dieudonné n'essayait pas de faire rire, mais d'utiliser
son rôle d'humoriste pour passer un message .
La preuve, c'est qu'il enfonce le clou lors d'une interview ultérieure,
où il dénonce toute forme de communautarisme, et
"qu'il se torche le derrière avec le drapeau d'Israël"..alors
qu'aucun de ses spectacles ne contient ce genre de scène,.
La question n'a rien donc rien voir avec ce sketche.
En revanche, que peut on
dire lorsque ce même Dieudonné avec son compère,
Elie Semoun, clamait haut et fort " En 45 les boch n'ont
pas fini leur travail..." ? Tout le monde riait... même
les juifs.
La différence est justement là. Il y a le rire de
nous, par nous, ou l'autodérision et le rire des autres
sur nous....plus grinçant, voire inacceptable, -ceci est
valable pour toutes les minorités ou communautés-
.
Tant qu' Elie Semoun était son face à face lors
de leur spectacle en duo, et qu'il en disait autant sur la communauté
africaine, aucun risque de penser à de l'antisémitisme
ou à un racisme quelconque....
Hors contexte cela devient plus difficile et le dérapage
plus facile.
Cependant, je rejoins totalement
ce qu'a répondu de façon magistrale Michel Boujenah
lors de l'émission "on à tout essayé
" et que je résume.
" je suis écoeuré de ce qu'a fait Dieudonné,
tout autant que je suis écoeuré qu'on lui ait interdit
de faire son travail, son spectacle.
Son sckeche était vulgaire, grossier autant que d'avoir
menacé les patrons de l'Olympia de leur interdire de produire
Dieudonné.
Il y a des lois en France, elles sont là pour nous protéger,
ce qu'il a fait est passible de loi, il doit être jugé
pour ce qu'il à fait, mais nous n'avons pas le droit de
faire justice nous-même en lui interdisant de travailler".
Lui avoir interdit de faire son spectacle a eu un résultat
contraire à celui escompté : il a fait son spectacle
dans la rue, avec beaucoup plus de spectateurs que ne pouvait
contenir la salle de l'Olympia.... Il est passé pour une
nouvelle victime du "lobby juif", ce qui risque de jouer
en sa faveur lors de son procés.
La vraie question n'était
donc pas , peut-on rire de tout , mais peut on tout dire au nom
de la sacro sainte liberté d'expression ? Faut il dénoncer
toute déviance jugée raciste ou/et antisémite
? et dans ce cas là où commence et où s'arrête
la liberté d'expression ?
Voilà le centre du débat, mais il peut manquer d'humour....
Claudine Douillet