Yona Dureau: Le crâne d'Hitler exposé à Moscou

 

Une exposition officielle expose actuellement à Moscou la partie supérieure du crâne d'Hitler, où figure encore le trou de la balle qui l'aurait perforé. Les organisateurs de l'exposition ont déclaré avoir en leur possession d'autres parties du squelette d'Hitler, qu'ils n'ont pas exposées car elles étaient trop fragiles.

Hitler, on le sait, s'était réfugié dans son bunker à Berlin, et devant la chute imminente de la ville aux mains des troupes russes, se serait donné la mort avec Eva Braun, après avoir procédé à une cérémonie de mariage avec elle. Les sources historiques ont jusqu'ici suivi la version donnée par son biographe Werner Messer et fondée sur le rapport de l'aide de camp de Hitler, qui avait déclaré avoir reçu l'ordre de brûler les corps de Hitler et Eva Braun une fois le suicide accompli, le 30 avril 1945. Les sources russes ont toujoours affirmé avoir trouvé les deux corps avant que l'aide de camp n'ait eu le temps d'accomplir sa sinistre mission. Ce n'est qu'en 1993 cependant que le gouvernement russe déclara encore posséder ces restes. Selon la directrice de l'exposition Elia Borketvits, "il ne reste plus aucun doute sur l'authenticité de cette dépouille". Les responsables russes n'ont cependant pas précisé si les examens de véification de ces restes avaient compris des examens d'ADN.

Cette nouvelle remettant en cause la version officielle de la mort d'Hitler fondée sur le témoignage de son aide de camp remet en cause l'ensemble du rapport de celui-ci. En effet, si les faits sont faux quant à la destruction du corps du dictateur, on peut se demander si le reste de ce rapport était conforme à la vérité historique, ou constituait une version "commanditée". La deuxième question posée par cette affaire concerne l'identité du commanditaire d'une version fausse. On conçoit mal pourquoi Hitler aurait souhaiter cacher ces circonstances, ou quels pouvaient être les buts des alliés dans une telle requête, sinon peut-être dans le but d'empêcher un culte post-mortem de la dépouille d'Hitler.

D'un autre côté, l'intérêt d'une réécriture de l'histoire par les Russes n'est pas plus claire, car la possession du corps de Hitler n'ajoute rien au fait que Berlin ait été prise par les troupes russes. On peut donc conclure que les sources russes sont vraisemblablement justes, et que les alliés ont réécrit l'histoire dans le souci d'effacer toute trace du tyran, mais on souhaiterait que d'autres analyses soient faites et publiées, justifiant alors une nouvelle vérification historique des derniers jours du Reich.

Les questions qui se posent à propos du crâne et de la dépouille d'Hitler ne sont pas sans remettre en question l'histoire officielle confiée par les troupes alliées après la guerre autant que celle écrite par les historiens sur des témoignages qui n'étaient maleureusement plus fondés sur des preuves.

Ainsi, on sait à présent que les Américains autant que les alliés, tout en affirmant officiellement avoir organisé le procès nazi le plus important du siècle à Nüremberg, avaient mis en place des filières de sauvetage des savants nazis afin de profiter de leur avancée technique dans toutes sortes de domaines.

Les Russes comme les Américains donnèrent ainsi l'asil à des savants qui leur permirent, avec leur connaissance des fusées V2, de développer la course à l'espace, et la fusée Arianne, dont la France est si fière a elle aussi bénéficié de l'aide de tels "réfugiés".

Le mensonge possible concernant les derniers jours d'Hitler est donc problématique. Si la dépouille d'Hilter n'a pas été consummée par les flammes, on est en droit de même douter de son suicide. Et si quelqu'un avait intérêt à élaborer le mythe de cet auto-da-Fé, ne pouvait-on avoir le même intérêt à cacher son emprisonnement? Comment conciler l'image du dictateur mégalomane, qui ne se résignait pas à reconnaître la chute du Reich, la défaite militaire, avec celle d'un homme se suicidant?

Par ailleurs, la thèse que nous avons évoquée, selon laquelle la version officielle du corps brûlé permettait de nier au dictateur toute sépulture, et d'empêcher ainsi toute forme de pélérinage, est tout aussi problématique dans ses conséquences que l'effet recherché. Sans sépulture, Hitler devenait un mythe. Et comment concilier cette version avec le fait que le bunker d'Hitler à Berlin, fut lui conservé, et se voit transformé aujourd'hui en boite de nuit, dont on mesurer sans difficulté la dimension morbide, mais aussi la récupération de cette dimension de pélérinage dans une Allemagne où fleurit la théorie néo-nazie.

Simultanément l'exposition russe met à jour plus d'interrogations que de réponses. Que signifie l'exposition d'ossements? Les Russes ont donc enterré, puis déterré Hitler, car on les imagine mal procédant à la technique moyen-âgeuse consistant à faire bouillir les corps pour les désosser. S'ils souhaitaient conserver le corps d'Hitler, pourquoi l'avoir enterré, et ne pas l'avoir embaumé, comme celui de Lénine, comme trophée de guerre? S'ils souhaitaient l'enterrer, pourquoi l'avoir déterré, et surtout actuellement.

L'acte est pour le moins ambivalent, et l'une des hypothèses que nous avançons est que l'absence même de commentaire ou d'explication accompagnant cette macabre exposition permet au gouvernement russe actuel de laisser les groupes néo-fasciste russes interpréter l'exposition de cette dépouille dans le sens qu'ils souhaitent, voire de la vénérer. on sait que ces groupes posent un probème grave à l'actuelle Russie qui ne parvient pas à les contrôler. Exposer la dépouille d'Hitler permet certainement à Poutine de se poser implicitement comme un rival efficace des candidats néo-nazis au pouvoir. Le crâne d'Hitler n'est plus le symbole de la dénonciation du pouvoir nazi et de ses horreurs. Il pourrait bien être devenu la bannière glorieuse de réunion des extrèmistes russes.