I. Le réarmement irakien et l'arme nucléaire
II. Une contre-attaque
anglo-américaine possible ?
III. Les sources
et fournisseurs de l'Irak
I. Le réarmement irakien
et l'arme nucléaire
La BND (service d'espionage fédéral allemand), vient
de publier un rapport confirmant le développement par l'Irak
d'armes de destruction de masse.
L'agence allemande soutient de plus que l'Irak sera en mesure
d'utiliser des armes nucléaires en 2005, que Saddam détiendra
des types de missiles d'une portée de 3000 kms, qui pourront
frapper jusqu'au coeur de l'Europe.
De plus, la même source rapporte que l'Irak est désormais
en mesure de fabriquer les trois composants nécessaires
le fuel solid à base nucléaire pour des armes de
ballistique, et que les éléments primaires de fabrication
ont été introduits en Irak en fraude à partir
de Dubai.
Ces sources confirment notre analyse selon laquelle l'attaque
américaine contre les installations irakiennes n'étaient
pas seulement une attaque due à des circonstances ponctuelles,
mais une action dictée par la nécessité d'endiguer
le réarmement massif irakien.
La nouvelle administration Bush est bien déterminée
à tout faire pour empêcher le réarmement irakien,
mais elle arrive bien tard, trois ans après que les derniers
inspecteurs de l'ONU, en décembre 1998, aient quitté
le sol irakien.
La BND attire en particulier l'attention des observateurs vers
Al Kaim, qui est selon leurs experts le fer de lance du travail
de recherche et de développement irakien dans le cadre
du programme nucléaire.
Le point de vue occidental a toujours été fondé
sur l'idée que Saddam ne pourrait parvenir à un
développement atomique sans acheter à l'Europe le
matériel fissible. Apparemment, les quantités d'uranium
déjà aux mains des Irakiens seraient en fait suffisantes
pour produire quatre ou cinq bombes atomiques. Selon les observateurs
experts de l'énergie atomique, la quantité d'uranium
à teneur faible possédé par l'irak atteindrait
1,7 kg, ce qui est suffisant pour fabriquer 45 kg d'uranium de
qualité suffisante pour permettre la fabrication d'une
bombe.
En plus de ces matériaux l'Irak possède 13 tonnes
d'uranium naturel, que la commission internationale à l'énergie
atomique avait accordé de laisser en Irak pour des applications
pacifiques dans le futur. Cette quantité d'uranium naturel
serait suffisante à la production de 70 kg d'uranium enrichi
destiné à l'armement.
Si l'on prend en compte les soupçons concernant l'introduction
clandestine de matériaux fissibles en Irak, il est clair
que Saddam est à présent déterminé
à fabriquer une bombe atomique.
II. Une contre-attaque anglo-américaine possible ?
Les différentes options offertes à l'administration
Bush pour interrompre le programme nucléaire irakien ne
sont guère brillantes. Les frappes aériennes ne
pourront pas atteindre ces matériaux, à la fois
parce qu'ils sont protégés et éminemment
dangereux. Depuis l'intervention aérienne israëlienne,
on sait d'autre part que toutes les installations militaires importantes
irakiennes ont été enterrées.
L'option d'une coalition internationale, si elle n'est pas nécessaire
actuellement à une intervention armée (voir notre
dossier sur l'Irak, informations de source britannique), aurait
pû avoir son importance dans le cadre d'un effort de pression
conjointe sur Saddam Hussein.
La chute de l'embargo, menée activement par la France (voir
notre dossier sur la rupture de l'embargo et l'introduction "d'artistes
irakiens" par la France à la barbe des inspecteurs
de l'ONU), et suivie par les pays arabes, rend désormais
toute pression économique impossible.
L'Irak refuse depuis le début les inspections approfondies
des inspecteurs des nations unies, ce qui rend nulle et non avenue
l'option d'une solution pacifique au problème de l'armement
nucléaire irakien.
Le "tour du Moyen Orient" de Colin Powell, interprété
par la majorité des observateurs comme une ultime tentative
pour régler le problème du processus de paix, aurait
été en fait une tentative pour rétablir une
forme de coalition, ou du moins de neutralité de l'Egypte,
de la Syrie, et de la Jordanie. Cet objectif semble tout à
fait hors de portée actuellement, même avec le poids
convaincant des dollars américains, Saddam ayant réussi
à regagner une popularité sans précédent
au Moyen Orient en se présentant comme le défenseur
des Palestiniens et des lieux saints de Jérusalem.
Il est aussi important, dans ce contexte, de se rappeller que toute la propagande intérieure irakienne est fondée sur le mythe de Saddam-réincarnation de Nabuchodonosor, dont le destin est de reconquérir la ville sainte et de faire triompher l'Islam.
La seule option offerte à Bush, en dehors d'une hypothètique
et utopique bonne volonté de Saddam à désarmer,
reste donc une intervention armée sur le terrain, impliquant
vraisemblablement l'Angleterre, afin de détruire sur place
les installations nucléaires.
III. Les sources et fournisseurs de l'Irak
La situation actuelle démontre que la rupture de l'embargo
n'a d'ailleurs pas amélioré les relations internationales
avec l'Irak, ni calmé les vélléités
bellicistes de Saddam Hussein. En revanche, la rupture de l'embargo
a dû profiter de façon indéniable aux pays
qui l'ont rompu, Saddam ayant clairement annoncé alors
(septembre 1999) que les premiers venus seraient les premiers
servis. Si l'on se demande encore d'où provient les matériaux
fissibles mis à la disposition de l'Irak, alors que l'un
des premiers fabriquants mondiaux, la France, occupait le premier
rang des briseur d'embargo, on a décidemment fait le choix
de l'aveuglement.
Qu'on se rappelle alors que malgré les avertissements israëliens
sur les buts irakiens pour l'utilisation des matériaux
atomiques fournis par la France dans les années 1980, celle-ci
avait persisté à fournir à l'Irak ces matériaux.
Il avait fallu une intervention israëlienne à haut
risque, par le biais de cinq avions pilotés par des pilotes
d'élite, réapprovionnés en vol en carburant,
pour détruire ensuite les installations atomiques sur le
point d'aboutir. (On consultera ainsi le récit de cette
mission secrète désormais publié aux USA,
Five minutes over Bagdad). La france avait alors eu beau jeu de
condamner une intervention israëlienne violant le territoire
aérien de l'Irak. Elle ne s'était pas préoccupée
des conséquences mondiales et humaines de ses choix économiques.
Le défilé du 31 décembre à Bagdad
a permis de constater par la présence de derniers modèles
de missiles russes, que la propension russe à oeuvrer contre
l'embargo économique, puis à le briser aux côtés
de la France, avait aussi une origine économique. dans
l'origine des matériaux fissibles, ont peut donc raisonablement
penser que la Russie a eu sa part, ainsi que la Chine, qui s'oppose
actuellement fermement à la reformation d'une coalition
contre Saddam Hussein.
Que l'on mentionne enfin la Corée du Nord, fournisseur
attitré en armes des isolés économiques mondiaux,
et la liste est complète. La Corée du Nord a en
effet fourni, on le sait, des missiles à longue portée
à l'Irak, et ce sans qu'aucun organisme international ne
lui barre le passage, alors que l'ONU fournissait des tonnes de
riz en aide d'urgence à ce même pays. Mais on voit
mal comment les membres du conseil de sécurité,
comme la France, la Russie, ou la Chine pourraient énoncer
une telle interdiction tout en continuant à fournir eux-mêmes
des armes à l'Irak.
Enfin, il ne faut pas oublier que la force atomique iranienne
est elle aussi sur le point d'être opérationelle,
alors même que l'Iran et l'Irak se sont rapprochés
dans une alliance contre Israël.
IV. La situation résultant de ces données
1. L'Irak aura sous peu en main la bombe atomique
Le rapport des services d'espionnage allemand démontre
la difficulté, voire l'impossibilité d'un arrêt
du réarmement irakien en matière nucléaire,
surtout dans un contexte où les échanges de l'Irak
avec l'extérieur ne sont plus du tout contrôlés.
La date butoir de l'année 2005 comme date de la première
bombe atomique irakienne est une date fondée sur la situation
actuelle de la capacité de réarmement et de disponibilité
technique de l'Irak. Elle ne saurait être prise comme date
absolue.
2. La solution d'une politique
israëlo-américaine favorable à Saddam Hussein
ne paraît pas réaliste et n'a jamais calmé
Saddam
La situation actuelle inspire aux journalistes et politiciens
israëliens des discours imaginaires et utopiques sortis d'un
autre siècle. En effet, ceux-ci cherchent à définir
une politique qui serait favorable à l'Irak et calmerait
Saddam Hussein. Il faut à présent comprendre que
l'intérêt de Saddam Hussein n'est pas dans l'établissement
d'une paix durable avec Israël, que ce soit du point de vue
politique, ou idéologique. L'Irak ne tient son aura internationale
auprès des pays arabes que de sa rebelloion face aux USA
et de la menace portée sur Israël. Saddam incarne
un héros dont la destinée est liée à
la destruction d'Israël. Imaginer que Saddam souhaite s'installer
dans un calme politique et veiller à la prospérité
de son peuple est tout simplement une attitude d'aveuglement volontaire,
face à un dictateur qui a affamé sa population alors
qu'il recevait des millions de dollars de la Syrie pour son pétrole.
3. L'intervention armée
contre l'Irak isolera l'Amérique et mettra en danger Israël.
Cette dernière option est malheureusement la seule crédible
dans le contexte actuel. En effet, si Bush attaque l'Irak, Saddam
a déjà prévu d'attaquer Israël, comme
il l'a fait lors de la guerre du Golfe, et en utilisant cette
fois-ci des armes chimiques. Si Bush n'attaque pas l'Irak, les
plans irakiens montrent bien que Saddam s'apprête à
attaquer Israël, en plaçant ses troupes sur la frontière
syro-israëlienne et jordano-israëlienne.
On sait que pendant la première guerre du Golfe, les forces
atomiques d'Israël ont été en alerte à
chaque lancer de scud, prêtes à répliquer
avec des armes nucléaires pointées sur Bagdad en
cas d'attaque biologique. La seule question qui reste posée
aujourd'hui, est de savoir si la force nucléaire israëlienne
aura le même poids de dissuasion lorsque l'Irak possèdera
sa propre force nucléaire.