La situation des communautés
juives des yishouvim a connu cette semaine un tournant historique
dont il ne sera vraisemblablement pas possible de mesurer la portée
avant plusieurs mois ou même plusieurs années.
On se rappelle que la veille de sa mort, Kahana avait voulu organiser
les yishouvim de Judée Samarie en entité militaires
autonomes, justifiant ce choix par le fait que les soldats de
Tsahal venus d'autres parties du pays se considéraient
comme des victimes du choix des Juifs des yishouvims, et peu enclins
à risquer leur vie pour défendre des hommes dont
ils désapprouvaient parfois les choix, mais avec qui ils
n'avaient surtout pas d'idéologie en commun. Pour Meïr
Kahana, il fallait remédier à cette situation en
organisant l'auto-defense des territoires, et mettre fin à
une situation de défense des yishouvims dépendant
des forces israëliennes.
Cette position, tout d'abord minoritaire, semble avoir gagné
du terrain à Hevron et en Judée Samarie, particulièrement
après le meurtre de la petite Shalhevet Pass, et l'attaque
de mardi d'une voiture particulière d'une mère et
d'un bébé, qui a failli coûter la vie à
l'enfant.
La communauté de Hevron fut particulièrement outrée par le meurtre de la petite Shalhevet parce que leur délégation avait expressément décrit au gouvernement le danger du découpage de la ville tel qu'il fut mis en place par les accords de Hevron: il ne faut pas donner aux Arabes la colline faisant face au bâtiment du centre de Avraham Avinou, le coeur de la communauté. Sinon, disaient-ils, les Arabes nous tireront dessus depuis cette colline, et nous devrons nous terrer pour survivre. Depuis plusieurs mois, les enfants servent de cibles aux tireurs lorsqu'ils s'aventurent à jouer dans le bac à sable. Plus de cinq enfants ont déjà été blessés dans de telles circonstances, mais les médias n'ont pas repris cette information: elle concernanit des "colons", et puis il n'y avait pas eu mort d'homme. Alors pourquoi raconter qu'une mère découvre un soir qu'un balle a traversé les deux pans de la chemise de sa fille, la ratant de justesse, qu'une autre soigne sa fille blessée à la main par le tir d'un Palestinien...
Mais ces incidents se sont accumulés dans le silence médiatique.
La communauté de Hevron, méprisée des jourrnalistes,
se sentant en danger et mal protégée par Tsahal,
a pris cette semaine des décisions graves.
Mardi 3 avril: des ballons de gaz explosent dans une boutique
vide du souk arabe de la ville, que les Juifs doivent traverser
pour atteindre leurs maisons. Deux policiers israëliens proches
du lieu de l'explosion sont blessés gravement aux oreilles.
La communauté de Hevron, interrogée, explique que
ce marché est de plus en plus dangereux pour eux, qu'ils
ont veillé à ne blesser personne, que le magasin
était vide, qu'ils n'ont pas vu les policiers israëliens...
Mercredi 4 avril: une voiture palestinienne est attaquée
par des Juifs d'un "comité pour la sécurrité
des routes de Judée Samarie". On tire sur l'auto.
Pas de mort, pas de blessé, mais on veut faire vivre au
Palestiniens ce qu'ils font vivre aux Juifs. Et surtout, ces groupes
ont l'illusion de contrôler la situation qu'ils sont eux-mêmes
en train de détériorer...
Qui se lèvera à présent devant l'extrémiste
incontrôlé qui décidera de son propre chef
de ne pas en rester là, de ne pas se contenter d'effrayer.
Si Israël est en guerre aujourd'hui, ce que peu de gens remettent
en cause, cela justifie-t-il le recours aux méthodes décriées
de ses ennemis?