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Alors il revient, s'entourant
du rideau du théâtre comme un enfant s'enroulant
dans sa couverture :"Parfois je rêve de ces moments
là, et vos applaudissement ne me réveillent pas,
non, au contraire..."
Nous nous rasseyons sur
nos sièges et nous l'écoutons encore .Il nous raconte,
"Ce que nous vivons
là est un moment privilégié ,unique, que
personne ne pourra vivre, je pourrais presque vous toucher, vous
aussi, nous sommes là ensemble, vous me voyez et je vous
vois, nous ne sommes pas séparé, par une armée
de garde de corps ,c'est ça que j'aime. Cette représentation
est la 7 ème.
Lorsque j'ai fait la dernière représentation de
mon ancien spectacle,le 26 décembre, j'étais trés
triste , silence ,- mais non ...je n'ai pas écrit ce nouveau
en 15 jours...." éclat de rire général.
Il reprend , "Maintenant je sais que ce nouveau spectacle
continuera longtemps grâce à vous."
Oui Michel ton spectacle va continuer et toi aussi, car tu sais
transmettre, toucher sans distinction, ni de race ,ni de couleur,
ce que tu es ,ce que nous sommes : des gens de paroles, amoureux
de sagesse et de belles histoires.
Claudine Douillet
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Il traverse le couloir accompagné
de deux de ses techniciens, Michel Boujenah vient de finir de
faire sa balance du son, sur la scène du thêatre
de Lagny-sur-Marne ,pour le spectacle de ce soir " les Magnifiques".
Il prend siège avec nous, comme un copain, il écoute
d'abord les messages de son portable et nous raconte en même
temps l'anecdote d'une journaliste suisse, puis téléphone
à un de ses amis, sans se rendre compte, il nous fait
renter dans une partie de sa vie.
Puis en raccrochant avec cet ami, il nous explique, "c'est
un bon ami, très bon ami, très riche," Sourire
entendu de notre part " non... je n'ai que deux amis très
riches....mais ils veulent tous les deux investir dans ce que
je fais,
et je ne veux pas !" "je leur ait dit que je préfère
compter sur eux en cas de problème, c'est ça l'amitié"
" Il ne faut jamais faire des affaires avec des amis !"
"dans mon dernier film je leur ai permis d'investir 50 euros
pour leur faire plaisir...."
On est tout de suite séduit par sa gentillesse, il semble
à l'aise, il nous parle comme à des amis, le vouvoiement
de convenance en devient encombrant.
Et puis l'homme s'anime,ses grands yeux s'ouvre sur un océan
de réflexions, chaque mot l'interpelle, il se découvre,
il nous révèle sa complexité et profondeur
de pensée, sa vie d'artiste, sa façon de la vivre,
"Il n'est pas ambitieux, il ne cherche pas à séduire
à tout prix, bien sûr qu'il aime lorsque l'on aime
ce qu'il fait, lorsque l'on l' aime tout court .
L'essentiel selon lui est d'avoir la satisfaction de faire ce
que l'on aime, pour soi d'abord et tant mieux si cela plaît
à d'autres, pas de vouloir être le premier sinon
rien.
Il plaint cette génération "star-ac",
lorsqu'il voit ces jeunes débarqués dans ce métier
avec les yeux emplis d'étoiles et les mains vides.
Il leur demande " Mais pourquoi tu veux faire ce métier
?" " Pour être connu, reconnu" invariablement
son conseil est de les décourager, "Ce métier
est le plus difficile au monde dit-il le plus dur au monde,je
suis heureux profondément heureux d'être encore
là après 20 ans"
Il veut continuer le plus longtemps possible dit-il, de communiquer
avec son public son expérience, ses leçons de vie,
cet amour, ce désespoir aussi.
" Vous auriez pu tout aussi bien être un écrivain
? "
" Non ,car j'appartiens à la tradition orale..."
Il nous raconte, il nous explique le sens de la Paracha,(pagraphe
de la Bible que le garçon agé de 13 ans doit apprendre
par coeur pour le jour de communion) " chaque garçon
lorsqu'il fait sa bar-mitzva, apprend par coeur, un bout de la
Thora correspondant à sa date de naissance. Pourquoi ?
parce que si un jour on n'a plus de thora écrite en rassemblant
les enfants alors nous avons toute la thora ..."
Ses racines semblent être ses ailes. Il traduit en peu
de mot toute une histoire, notre histoire.
C'est un conteur merveilleux dans le respect cette tradition
orientale dont il est issu et profondément pétri.
il captive son auditoir, nous sommes suspendu à ses mots,
nous avons l'intuition qu'il va nous faire découvrir quelque
chose d'essentiel.
Son humour, sa façon de nous parler, est celle d'un sage,
je lui fait remarquer :
" Ce qui veut dire que je suis vieux ?"
Il ne souhaite pas être rassuré, juste que je comprenne...
" Non que vous êtes sage, d'ailleurs en hébreu
le mot Zaquen ne veut pas dire vieux, mais sage"
L'humour est le véhicule, le support ,qu'il a choisit
pour parler de choses graves.
L'identité thème essentiel est la partie la plus
émouvante de son spectacle.
Au fils renégat, qui change de nom, de lieu, tentant de
changer d'identité, de ressembler aux autres. le père
juif tunisien dit "mon fils, tu as changé d'enveloppe
mais cette enveloppe est vide, car tu n'as pas la lettre."
" N'oublie jamais ,mon fils ,que dans la vie on nous donne
un clou, et même si ce clou est rouillé, même
si il est tordu, tu dois continuer à l'enfoncer, tout
le temps et toujours le même"
Son sens de la parabole, nous rattache avec émotion à
nos propres valeurs, ne jamais oublier qui nous sommes,que cela
nous plaise ou pas .
Je ne saurais pas définir Michel Boujenah ,encore aujourd'hui,
et je pense qu'il en sera heureux, il n'aime pas être étiquetté,
catalogué mais je sais que j'aurais voulu discuter avec
lui encore longtemps, je ne sais pas si à la fin de cette
discussion j'aurai ri ou pleurer, mais je parie fort pour les
deux.
Claudine Douillet
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