Leçon de savoir vivre
Cette
pièce-conférence que nous avons eu le privilège
de voir jouer par Pierre Arditi, au thèâtre du rond-point
des Champs-Elysées, est un monument, dans la présentation
théâtrale,de cette question malheureusement encore
d'actualité "l'antisémitisme";
Intégralité
du texte de la pièce
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Jean-Claude
Grumberg
Comment définir
le Juif,comment le reconnaître pour mieux le confondre et
en définitif sans débarasser, "n'est il
pas notoire ,que sa perfidie naturelle, lui permet même
de se glisser dans des dîners sous des patronymes on ne
peut plus respectable tel que "Jean-Christophe Lambert"
par exemple."
Le défi de Jean-Claude Grumberg et de Pierre Arditi,
est de nous citer sur un ton badin, léger, en même
temps incisif, les critères raciaux lourds de conséquences
pour le peuple juif, définient par un groupe de pseudo-scientifiques
qui ont participé, par leurs travaux, à apporter
des solutions aux questions juives, cette même legerté
qui a permis à plus de 6 millions de personnes d'être
massacrées,
Par un raisonnement par l'absurde, il apparaît clairement
que rien n'est plus indéfinissable qu'un juif, qu'aucun
critère ne peut l'enfermer.
Serait-ce son esprit que l'on tente d'enfermer ?
Pierre Arditi,
par son jeu d'acteur, extraordinaire, ses temps de pause si suggestifs,
n'a pu empêcher de nous arracher des rires , rires oscillants
entre grincement de dents, et tristesse profonde, sur cette présentation
si laide du monde ellitiste, nous renvoyant à cette éternelle
question mais comment peut on livrer le monde à ces fous,
comment peut on être aussi aveugle et sourd ?
Cette interview accordée par l'auteur Jean-Claude Grumberg
nous éclaire sur la naissance de cette oeuvre, sa nécessité
d'exister, de la faire connaître , pour peut-être
penser ou panser des plaies profondes laissées par des
scientifiques si scrupuleux sur un périmètre crânien,
mais sans état d'âme à l'arrachement de l'humanité
à toutes ces vies.
L'expression théatrale, plus directe que d'autres moyens
expressions, permet d'installer la relation avec le spectateur,
réactions en chaîne pour un mot, une pause, un geste,
de l'acteur face à son public.
Cette conférence dépouillée de toute artifice
de mise en scène, tente, avec succés, de mettre
mal à l'aise et en même temps de transmettre en créant
une complicité entre acteur et spectateurs.
Une question fuse, comme une alerte rouge, mais enfin qui rit?
Qui a le droit de rire ? Pleurer, oui, il y a eu des larmes, bien
légitimes, la question ne se pose donc pas.
Mais le rire était-il complice ou railleur ? Question malheureusement
oubliée mais que je continue à me poser , peut-on
admettre qu'un non juif à la lecture si terrifante de ces
critères de discrimination raciale, puisse rire, et dans
ce cas comment interpréter ce rire ?
Quelle complexité ! Tout aussi complexe que de vouloir
enfermer l'humanité dans un livre, tout aussi complexe
que de vouloir édifier des lois mortifères contre
nature.
La vie reprend toujours ces droits.
Claudine Douillet