TEMOIGNAGES VECUS AUPRES DE MALADES

 
 
Je voudrais évoquer et vous faire partager quelques témoignages que j'ai vécus auprès de malades, et du rapport priviligié que j'ai pu avoir avec eux tout au long de leurs séjour en milieu hospitalier.
Pour des raisons de confidentiallité et de respect pour eux, je ne citerais pas leur nom.
Chaque rencontre, je le sais est une nouvelle aventure, il ne faut surtout pas banaliser la souffrance, la détresse, la mort.
J'ai vécu à son contact les moments les plus intenses de ma vie, et encore aujourd'hui je suis en contact permanent avec cette détresse, cette souffrance, parfois par cette impuissance de ne rien faire face à un bébé qui meurt, un jeune en phase terminale.
Ce que je sais que malgré tout c'est que la vie est belle, que chaque instant est un cadeau de Dieu, et qu'il faut voir au fond de cette douleur, un grand bonheur, continuer à espérer, à croire en D;ieu, car si même la souffrance et la mort sont révoltantes, la maladie doit nous permettre d'aller à l'essentiel.et conjointement à cette souffrance, j'ai pourtant le sentiment de m'être enrichi.
D'avoir et de continuer à vivre des moments d'une densité humaine incomparable, d'une profondeur d'âme que même ses exemples ne pourront exprimer Tout au long de son histoire, ce qui a caractérisé le peuple juif c'est l'espoir, l'ESPOIR que DIEU ne nous délaisse jamais même pendant la maladie, même pendant les moments pénibles de l'existence..
Je sais que je suis pas le seul à avoir vécu cela.
Les exemples qui vont suivre ne pourront jamais révéler completement ce qui se passe lors de ses visites entre le malade, sa famille et moi-meme.
 
- Raphaël
 
La première fois que j'ai rencontré ce malade ce fût à l'Hôpital de la
Conception dans le service des maladies infectieuses. Ce malade avait 30 ans, il est mort du SIDA, et je voudrais modestement vous faire partager ces moments fort que j'ai eu avec ce malade.
Je me remémore de ce jour, où pour la première fois, je frappais à la porte de sa chambre, après m'être présenté, je me suis assis près de lui et nous avons essayé de nouer un dialogue.
Il m'a fallu beaucoup de patience, de douceur, de compréhension pour que le
dialogue se fasse. Je le sentais méfiant non vis à vis de la religion, de moi même,
mais méfiant vis à vis de la société à qui il en voulait beaucoup.Il la rendait
responsable de son mal. Il refusait sa maladie, refusait de voir son corps se dégrader, de se sentir diminuer physiquement, de se sentir seul, d'être impuissant face à la maladie qui le comdanait à moyen terme.
Il m'expliqua son histoire avec la drogue, la prison, ses contacts avec sa famille, le rejet ... Je lui répondit ceci:"Je ne suis pas là pour te juger, ou pour juger qui que ce soit, je suis là pour passer des moments agréables avec toi, et que le reste du temps qu'il te reste à vivre tu levive dans la paix, la sérénité, la joie et que chaque seconde que l'Eternel t'accorde est un cadeau et un bienfait".
De la souffrance, de la mort, il en avait peur bien sûr. Chaque jour, il sentait qu'ils'avancait vers la mort, qu'il avait le sentiment d'une vie inutile, qui n'avait servie à rien, ni à personne. Qu'il n'avait pas réussi à être aimé ni su aimer. malgré sa révolte, sa non acceptation de sa maldie, il se sentait rassuré à chacune de mes visites, où nous échangions des tas de choses. Nous parlions de religion, de politique, des choses de la vie. Il m'exprimait ses regrets de n'avoir pas continué ses études, de n'avoir pas entrepris ceci ou cela.
Ce qu'il savait , c'est qu'il pouvait compter sur moi, de jour comme de nuit, que
j'étais toujours là, s'il ressentait le besoin de me parler, de me voir.
Il lui arrivait de me téléphonner la nuit, car il ressentait une souffrance, une
peur,une angoisse.
Je me souviens d'un jour, où il me disait qu'il souhaitait boire un café mais qu'il
avait peur du regard des autres, du rejet de sa maladie par des gens qui ne
comprenaient pas...
Je le rassurais, et nous sommes effectivement partis dans un café, certes il était
diminué physiquement, mais je ne peux décrire son bonheur et sa joie, d'être ici.
 
Il m'arriva aussi lorsqu'il n'était pas à l'hôpital de le voir chez lui, il était
très demandeur, et je le comprennais parfaitement, parfois, je ne pouvais pas
répondre à ses attentes car j'avais d'autres patients qui aussi attendaient ma
présence. C'était difficile pour moi, de lui faire comprendre. Je lui disais souvent
"même si je ne suis pas présent à chaque instant, qu'il était toujours dans mon
coeur et dans mes pensées". Il est très important que le malade sache que vous
ne le laissez pas seul, que vous ne l'abbandonnez pas.
Puis, au mois de juillet, sont état s'est empiré, je me suis rendu à l'hôpital, en
rentrant dans sa chambre je sentis qu'il vivait ses derniers instants, nous n'avons
même pas eu à nous parler, seulement dans le regard. Il était pret à mourrir.
Le lendemain, on m'annonça son décès, et encore aujourd'hui je garde un précieux souvenir de nos échanges, il voulait vivre,il avait des projets. L'essentiel c'est que malgré sa maladie, il est trouvé un sens à sa vie, afin qu'il parte en paix avec lui même.
 
 
-Mme C.
 
Cette patiente je l'ai rencontrée à l'hôpital de la Timone.
Lorsque pour la première fois, je l'ai vue dans sa chambre, je me rendis
compte que sur son bras était marqué d'un numéro qui signifait qu'elle
avait connu l'horreur, l'insdescriptible barbarie nazie et les camps de
concentration.
Après m'être présenté, nous avons eu une très longue discussion. Elle me parlait de ce qu'elle avait enduré dans les camps, puis soudain elle se mit à pleurer. Lui
prenant la main elle me regarda tout en séchant ses larmes et me dit :
" J'ai connu les camps de concentration; j'ai perdue toute ma famille la bàs,
je sais ce que c'est souffrir, je sais ce que c'est la mort, pour l'avoir cotoyé
chaque minute. Or, vous aujourd'hui, sans que je ne vous demande rien, vous
êtes là pour m'apporter votre réconfort, votre soutien, partager ma souffrance,
m'écouter. Voilà, pourquoi je pleure, car je ne croyais plus possible en l'amour
du prochain. Je n'avais plus confiance en l'homme, et voilà qu'aujourd'hui
vous êtes là pour m'apporter un rayon de chaleur... me redonner gout à la vie"
Nous avons longuement parler du devoir de mémoire, j'étais
particulièrement sensible à cette funeste période et que nous avions aussi un devoir de reconnaissance pour toute ces personnes disparues dans ses
conditions qu'on imagine
Actuellement, je garde un lien très précieux avec cette personne et je ne peux
décrire toute la richesse de nos discusions.
 
 
Mr David
Ma fonction m'amène à aller également à l'hôpital enfant de la Timone et voici
l'histoire de David.
J'ai fait sa connaissance tout à fait par hasard, en rencontrant sa maman à la
cafétaria, tout en buvant mon café, car de temps à autre je me délecte d'un café pour décompressé, elle s'approcha de moi, pour me demander si j'étais médecin me voyant porter la veste blanche de l'hôpital ( je tiens à dire que
cela met en confiance le personnel, le malade et la famille),et la kippa.
Je lui répondis que j'étais l'Aumônier Israélite des Hôpitaux, c'est là qu'elle a
fondu en larmes me racontant que son fils était hospitalisé et qu'il avait une
maladie grave. Tout naturellement je me suis proposé de lui rendre visite, elle
accepta. Nous nous rendîmes dans sa chambre. J'ai passé de très long moments
avec la famille et l'enfant.
L'etat de son enfant était préocupant, l'échéance de vie était court, mais ce n'était pas à moi de juger de sa durée. Je disais à sa maman que lorsque Dieu décide de reprendre son "joyau", il le fait quand IL le désire. Je lui disait qu'il y avait deux choses dans la vie qui était imprévisible: la VIE et la mort.
Le plus marquant, le plus touchant ce fût quand je me suis retrouvé seul avec lui, assis à côté de lui, et qu'il me dit "Tu sais que je vais mourir, je n'ai pas peur de mourir, mais je suis bien content que tu sois venue me voir..." En écrivant ces mots, j'ai les larmes qui me montent aux yeux, car je l'ai vécu et je ne peux décrire réellement ce que j'ai ressentie à ce moment là...
Aujourd'hui, grace aux progrès de la chimiotéraphie, l'échéance de vie de cette enfant a allongé, en vous écrivant ces mots, je lui souhaite avec l'aide d'Achem une parfaite santé, tout comme à tout ceux qui sont malades, qui souffrent.
 
 
 
* Mlle Isabelle
 
Cette jeune patiente de tout juste 20 ans je l'ai rencontrée dans le service de
Psychiatrie de l'hôpital de St Marguerite. Je dois dire que même ces malades
ont besoin de réconfort, de soutien moral, et spirituels. C'est pourquoi je
passe également de très long moments dans les services de Psychiatrie de l'APM.
Pour revenir à cette jeune fille, elle était complètement renfermée sur elle même,
ses parents complètement desamparés. Ma présence a permis à la famille d'être
plus rassurée sachant que je pouvais venir n'importe quand. Quant à Isabelle, nous avons échangé de très longues discusions. Je voulais qu'elle sache que j'étais là, qu'elle pouvait compter sur moi et me solliciter à n'importe quel moment.
Aujourd'hui; Isabelle a quitté l'hôpital, je garde un contact avec elle et sa famille.
Dernièrement je l'ai revue, et sans pour cela qu'elle soit complètement guéris, elle va beaucoup mieux, et à de nouveaux des projets de vie.
Ces quelques témoignages ne sont qu'une infime partie de ce que je vis au
quotidien dans les différents hôpitaux. Chaque malade a son histoires, son vécu;
ses difficultées ;et toute la richesse du vécu s'établit sur cette diversité qu'elle soit
d'ordre social, intellectuel, ou religieuse. Chacun à son niveau a quelque chose à
raconter, dire....
J'ai voulu également dire que je visite tout le monde que cela soit des
enfants, des adultes, des malades en physchiatrie, des malades en fin de vie...
A vrai dire, comme je l'ai expliqué, chaque malade est unique, et la durée est
très variable d'un malade à un autre. Il m'arrive de rester 5 minutes comme rester 30 minutes voire plus. L'important n'est pas la quantité, mais la qualité.
Le malade perçoit parfaitement lorsque vous êtes à son écoute, que vous êtes prêt
à partager ce qu'il ressent.
J'ai voulu en toute simplicité vous faire partager quelques une de mes visites, au fil des semaines, je vous raconterais d'autres rencontres qui reste malgré tout, une leçon de COURAGE, d'ESPOIR, de VITALITE, d'une dimension toute particulière.
Que malgré la souffrance, la vie est là, et que chaque seconde que achem nous accorde est un CADEAU.
Il faut être au coeur de cette sensibilité, pour comprendre le sens de notre propre existence, de notre propre devenir.. Et, qu'il reste encore un grand chemin à faire, pour que l'homme puisse être accompli.. Mais c'est un autre débat..