Le livre et l'enfant
Un livre interdit , n'en pouvait plus de
sentir la poussière des années se posait sur lui.Il avait
été placé là, il y a bien longtemps.
Il souhaitait qu'une main le saisisse, le feuillette et qui sait, le lise.
Mais le temps commençait à avoir raison de sa patience.
Les lettres commençaient à
se lasser, à s'effacer.
Les points et les virgules s'étaient associés et avaient réussi
à s'envoler telles que des petites montgolfières, à
travers les lignes des pages.
Les pages retenaient péniblement
tout ce petit monde en ébullition. Elles se cramponnaient, se racornissaient,
se déchiraient et à bout de force laissaient partir ses mots.
Oh!bien sûr des petits mots, des mots de rien du tout, mais tout de
même des mots !
Elles avaient beau expliquer l'utilité
de la place de chacune lettre .
Elles se sentaient inutiles et préféraient quitter le navire.
Un livre à la dérive voilà
qui commençait à inquiéter fort;
Et puis un matin un petit garçon
haut comme trois pommes, traînant ses petites jambes dans l'immense
bibliothèque arracha l'ouvrage mis à sa portée de ses
petites mains potelées.
D'un coup le poids des ans s'envola avec
toute la poussière.
L'enfant ravi d'avoir ses mains toutes sales continua à feuilleter
l'ouvrage interdit.
Les pages se renversaient de bonheur sur le côté gauche puis
sur le côté droit.
L'air de la pièce commençait à embaumer, les lettres
coquettes se refaisaient une beauté.
"Enfin, quelqu'un s'intéresse à moi." se dit le
livre
Mais le livre de la sagesse, si humble et si fort s'inquiétait de
savoir cet enfant si près de la Vérité.
Bien sûr, cette Vérité
lui appartenait aussi, mais comment allait-il la comprendre ?
Et s'il la comprenait ne risquait-il pas pour sa vie ?
Ne valait-il pas mieux, qu'il laissa ce livre à la proie du temps.
Dépérir de solitude, de sécheresse, et de revenir enfin
à la poussière tel que le cycle et le destin de l'homme.
Oublier au tréfonds de la Mémoire.
Mais l'enfant était un enfant, c'est
à dire un petit d'homme, cela voulait dire que doté d'une
conscience, il savait déjà.
Il savait déjà, que ce livre était interdit et malgré
les non- dits, il convoitait le fruit défendu.
Quoi de plus attrayant que le fruit défendu.
L'histoire n'a t'elle pas commencé ainsi ?
Rien ne peut subsister dans ce monde sans un interdit.
Rien dans ce monde ne serait permis si il n'y avait pas d'interdits.
Il faut l'envers et l'endroit du décor.
Et ça l'enfant le savait, comme il l'a toujours su.
Comme tout le monde sait.
Mais l'enfant avait ce que beaucoup ont
perdu au cours de leur vie ou à cause de la vie : il avait le goût
du bonheur.
Un bonheur inouï, un bonheur vrai sans fausse question. Il aimait la
vie. La vie l'aimait donc.
Son bonheur s'exprimait de façon si simple, si joyeuse, si radieuse,
que même le Livre si obscur, si occulte se laissa irradier.
Bien sûr, l'innocence de cet enfant
est son ignorance.
Mais l'ignorance est-elle une innocence ?
La question interpelle la réponse ...
L'innocence de cet enfant est un appel à la vie immense
sans limite, sans frontière et sans haine.
Ainsi, l'enfant assis, scrutait les lettres
du livre, sans savoir ce qu'est une lettre. Ses mains caressaient les pages,
comme on caresse un animal blessé. Il l'apprivoisait.
Il l'interprétait à sa façon, mais l'important n'est-il
pas d'interpréter ?
Un lien fragile naissait entre le livre
et l'enfant.
Le Livre souhaitait devenir son ami. Il se jura dans son bel intérieur
de l'aider du mieux qu'il peut, pour ne pas devenir son ennemi.
Ainsi s'achève l'histoire du Livre
et de l'enfant.
Car n'était-elle pas l'histoire de chaque enfant que nous sommes?
Mais combien d'entre nous sont-ils restait l'ami du Livre ?
Combien d'entre-nous avide de Vérité,ont
cessé de caresser ce Livre ?
Cesser, caresser la différence est A.R., AR : une montagne ?
Livre, Vérité, ne forment-ils
pas le coeur ? L.e.V.
Est-ce à dire qu'il faut un coeur
et une montagne pour toujours l'aimer ?
Nous avons la montagne.
L'enfant se jura d'avoir les deux.
Ainsi l'histoire se poursuit.
Pour une suite ou pour une poursuite.
Maître ou esclave. C'est à lui d'en décider.
La Vérité est un absolu que seul un coeur pur peut appréhender
..
Lyora Michaël

|