La Femme et le Judaïsme
par Yona Dureau

La situation des femmes en Israel (dossier complet)

Beaucoup ont déjà écrit sur le thème de la femme dans le judaïsme. Il nous a paru essentiel, en parallèle avec le dossier concernant la situation de la femme en Israël, de rappeller le statut de la femme selon les sources juives, et en opposition avec le statut qui peut lui être accordé, lorsque ces sources sont oubliées ou dégradées.

Rappellons tout d'abord, concernant l'expression de la féminité dans le judaïsme, que le féminin est loin d'être associé à une forme plus basse ou plus dédaignable que le masculin.

Dans les prières les plus essentielles, comme par exemple dans le Birkat Hamazone, on trouve des formes grammaticales féminines et masculines associées à l'expression de la divinité. Les sages ont expliqué ces emplois différenciés depuis l'époque du Talmud, en précisant que les formes féminines concernaient le Olam Habah (le monde qui vient), plus spirituel, alors que les formes grammaticales masculines concernaient le Olam hazé (ce monde-ci) plus matériel.

La kabbalah enseigne dans ce même sens que le monde fut crée par D. en deux temps. Une matière informe fut créee du néant, qui était féminine, qui fut ensuite mise en forme, et devint masculine.

Le masculin et le féminin réapparaissent selon la même logique dans l'ordre des sephirot, puisque les sephirot les plus hautes parmi les sephirot inférieures accessibles à l'homme sont aussi de l'ordre du zahar, masculin issu de l'émanation d'une sephira nékéva, féminine. La quête de l'unité du zahar et du nékhéva, le zon, pour reconstruire l'unité séphirotique et des valeurs nous enseigne, au coeur de la partie la plus chère du judaïsme, le caractère irremplaçable de ces deux pôles, quui ne sont pas à placer l'un au dessus de l'autre, mais bien à concevoir comme des parties différentes et complémentaires, nécessaires à la construction et au tikoun du monde, et bien évidemment, du bonheur.

Ces thèmes de féminin et de masculin réapparaissent dans un certain nombre de mots essentiels du judaïsme et selon la logique immuable énoncée ci-dessus. Rouakh, le vent, l'esprit, peut être féminin ou masculin. Kisse, le siège, le trône, peut être masculin ou féminin. Kos, la coupe, peut être masculin ou féminin. Min haolam habah, le mot sera féminin. Min haolam haze, il sera masculin.

Rappelons que les chérubins de l'arche étaient féminin et masculin, et que leur position en face à face symbolisait l'harmonie entre le divin et l'humain. Rappellons que cette harmonie est censée se refléter dans le couple, puisque les lettres différenciant le mot de ish (l'homme) et celui de isha (la femme) composent le mot ya, soit le début du nom de D., alors que les lettres communes qui demeurent lorsque les composantes de cette complémentarité disparaissent forment alors le mot esh, le feu.

Loin de nous de prétendre donc remplacer un premier déséquilibre par un autre, en plaçant la femme au dessus de l'homme comme d'autres ont placé l'homme au-dessus de la femme. La situation actuelle préoccupante en Israël est effectivement celle de la destruction du feu, car la complémentarité a été niée dans l'harmonie naturelle du couple.

 

Jean Zacklad, dans son ouvrage, étudit la féminité dans la Torah, comme un pôle en tension constructive avec la masculinité, tension à travers laquelle s'exprime le devenir du peuple juif comme du monthéisme. C'est ainsi que selon lui, les Pères ne pouvaient jouer leur rôle et remplir la fonction historique que leur confie la divinité. Sans ces deux pôles, pas de progression hors de la barbarie par une dialectique entre autorité et générosité. Sans ces deux pôles, pas d'élaboration d'une culture monothéiste et d'un peuple portant ce monothéisme.

Pour en savoir plus : voir l'ouvrage de Jean Zacklad "Pour une éthique . L'Etre au féminin"

 

La femme et l'étude juive

La femme est complémentaire de l'homme, ce qui ne signifie pas que l'homme puisse s'adjuger le droit de lui nier toute pensée, toute réflexion, toute autonomie. Si la femme est effectivement "ezra kenegdo", aide contre l'homme, selon la Torah, les commentateurs expliquent que la femme sera opposée à l'homme (contre lui) si l'harmonie ne règne pas. Elle sera aide, mais la Torah n'a jamais incrit cette aide dans l'enceinte d'une cuisine.

La femme selon le judaïsme le plus original de la Torah, peut être prophète comme l'homme (cf Dvorah), et sa prophétie est parfois supérieure à celle de l'homme (comme par exemple Sarah, dont il est dit qu'elle voyait l'avenir). La Torah n'a donc jamais tenté de nier ou de réduire le statut de l'intelligence ou de la perception féminine. Cette perception et cette intelligence ont souvent été qualifiées par le terme d'intuition féminine, mais encore faudrait-il pouvoir définir avec précision le sens que les anciens donnaient aux différences qu'ils établissaient entre la sensibilité intellectuelle féminine et masculine, afin de pouvoir comparer cette définition avec les termes modernes d'intuition féminine. On sait par exemple que l'étude de la guémarah est censée correspondre plus adéquatement à l'esprit masculin, mais cela ne signifie peut-être pas que la femme ne puisse s'y prêter, mais que l'homme a plus besoin de cet exercice que la femme. De nombreux instituts religieux à Jérusalem enseignent actuellement la guémarah aux femmes. Les chiffres sont mêmes impressionants au point de constituer un phénomène rapporté par le Jérusalem Post il y a deux mois. Dans le seul institut de Matan, fondé il y a seulement deux ans, près de 2000 femmes étudient actuellement le Talmud chaque semaine à un niveau équivalent selon les rabbins à n'importe quelle yéshiva. "Ezra kénégdo", ces femmes 'appliquent sans doute à devenir celles qui, demain, seront les meilleurs compagnons d'étude de leur mari, ainsi que le rav Kook l'avait enseigné : le meilleur havekh de hevrouta, disait-il, c'est encore ta femme.

Et que dire de plus sinon que l'image d'une femme capable d'étudier, de réfléchir, et de progresser avec son mari sur le chemin de la Torah nous semble effectivement une image d'harmonie et plus fondatrice de paix que celle d'un déséquilibre du couple ou l'un des deux partenaires ne serait que l'artisan du monde matériel alors que le second serait détaché de tout souci et plongé dans l'étude? Quel échange réel imaginer dans un tel couple? Quelle image de la femme ce couple transmet-il à ses enfants, sinon l'image d'une femme nécessairement inférieure à l'homme, puisque toute notre culture prône l'importance de la Torah. Certes, de belles âmes tenteront de répondre que l'acte compte autant que l'étude, et que la cuisine de la mère vaut l'étude du père. Il reste que ce discours ne correspond plus à ce que la société toute entière ressent quant à l'étude, la Torah, et les tâches ménagères. Pourquoi poursuivre une dichotomie qui était justifiée par le passé par une partage des tâches reflétant un ordre social inévitable, où les femmes ne pouvaient avoir de place. Sans rejeter les tâches imposées par la maternité, la femme juive d'aujourd'hui peut, et veut, étudier, et nous ne pouvons que souhaiter que cette évolution se poursuivre, afin de permettre une union encore plus forte des couples autour du judaïsme et de son sens.