Trois semaines ...

 
 
Entre le 17 Tamouz, (jour où une brèche fut ouverte par les armées de Nabuchodonosor dans les remparts de Jérusalem) et le 9 Av, jour (où le premier puis le second Temple brûlèrent) s'étendent trois semaines, marquées par le deuil et la tristesse.
 
Cette période durant laquelle aucune fête ne peut être célébrée, s'ouvre et se clôture par une journée de jeûne.
 
Cette année,
le 2 août 1998
 
... du 17 Tamouz au 9 Av
(d'après le Maharal de Prague)
 
Le Maharal de Prague (1512-1612), un de nos plus grands penseurs, vivant à l'époque charnière de la Renaissance, a essayé d'expliquer les grands thèmes de la Tradition.
 
Voici l'essentiel des idées développées par le Maharal au Chapitre 9 du Netsah Israël
 
La civilisation d'Israël est fondée, entre autres principes, sur celui de l'équilibre. Ainsi, les temps favorables à Israël, sont ceux des équinoxes, ceux où s'égalisent le jour et la nuit. Le 15 Nissan (Pessah) et le 15 Tichri (Souccot), sont les points culminants de l'épanouissement d'Israël. De même, les moments de déséquilibre naturel (l'hiver et l'été) sont défavorables à Israël. C'est là que se situent les jeûnes (10 Tevet, 17 Tamouz et 9 Av) qui rappellent les événements douloureux de l'histoire d'Israël.
Il y a un lien entre le 17 Tamouz et le 9 Av, et c'est pourquoi la tradition parle de trois semaines de deuil. Si nous reprenons le détail des événements qui se sont produits ces jours là, nous remarquerons que, ceux survenus le 17 Tamouz marquent le début d'un malheur, mais que celui-ci peut encore être évité, alors que le 9 Av, ce malheur s'accomplit définitivement, devenant irreversible.
 
17 Tamouz
 
1. Moïse brise les tables de la loi, mais il pouvait y en avoir d'autres (et il y en a eu)
 
2. Le sacrifice cesse, mais le Temple est debout, (c'est-à-dire que, les conditions dans lesquelles le sacrifice pouvait s'exercer à nouveau sont toujours là)
3. Un rouleau de la Torah a brûlé, c'est évidemment un signe funeste, mais il y avait encore d'autres rouleaux.
4. La brèche de Jérusalem, l'entrée d'une idôle au Temple, promettent des catastrophes, mais celles-ci auraient pu encore être évitées.
9 Av
 
1. Le décret condamnant les hébreux à ne pas entrer en Terre Promise est irreversible. Tous les hébreux (sanf Caleb et Josué) sont morts dans le désert.
2. Les destructions du premier puis du second Temple sont définitives
 
3. Bétar est le dernier bastion juif. Après sa prise, il n'y aura plus, avant longtemps, de résistance juive.
4. La herse passe sur Jérusalem et c'est une nouvelle ville (Aelia Capitolina) que les romains construisent sur la Capitale.
 
La chronologie de la destruction du Temple, telle qu'elle nous est rapportée dans le Talmud ou par les historiens, est la suivante :
* le 7 Av, les soldats ont pénétré dans le Temple
* Le 9 au soir, on y a mis le feu
* le 10, toute la journée, le Temple a brûlé
* Pourquoi alors avoir choisi le 9 Av ?
C'est que, explique le Maharal, quand un processus de malheur est déclenché, c'est le début qui est le plus important. Autrement dit, ce qui compte, c'est que les conditions d'apparitions de la catastrophe aient pu être réunies, plus que la catastrophe elle-même.
 
Une nuit de pleurs
 
Nous lisons, dans le Livre des Nombres, l'épisode où le peuple d'Israël vient demander à Moïse d'envoyer des hommes pour explorer le pays de Canaan. Moïse choisit alors douze hommes, forts et courageux, représentant les douze tribus.
 
Ceux-ci reviennent de leur mission après 40 jours. Ce retour, selon la tradition de nos Sages, a lieu le 8 Av.
 
Rendant compte de leur voyage à Moïse et à l'Assemblée, ils décrivent le pays qu'ils viennent d'explorer, comme étant &laqno; un pays dont les habitants sont, soit des géants de taille démesurée, soit des êtres faibles dévorés par lui ! (Nombres 13/33)
 
Le peuple est abattu, découragé. Il murmure contre Moïse et Aaron : &laqno; Que ne sommes-nous morts dans ce désert ! ... Il se lamente et pleure la nuit entière ! Rabbi Yohanan dit à ce propos : c'était la nuit du 9 Av !
 
Le Midrach fait dire au Saint Bénit soit-Il : Vous avez pleuré sans aucun motif cette nuit ! Ce sera pour vous, une nuit de lamentations et de pleurs pour vos générations futures (Taanit 29a).
 
Cette nuit du 9 Av deviendra pour les générations futures, bien plus tard, dans leurs pays d'exil, une nuit de pleurs en souvenir de tous les malheurs qui auront frappé leurs ancêtres : ils pleureront sur leur terre perdue et délaissée...
 
On raconte qu'un jour, Napoléon, passant devant une Synagogue parisienne un soir de Ticha béav vit des juifs assis par terre, pleurant et se lamentant sur la destruction de leur sanctuaire et la perte de leur patrie, comme si ces malheurs venaient de leur arriver. Il s'arrêta étonné puis déclara : &laqno; Quel peuple extraordinaire que ces juifs. Je promets qu'il aura un avenir glorieux sur la terre de ses ancêtres. A-t-on jamais vu un peuple au monde garder le souvenir de son passé pendant des siècles et qui continue d'espérer ! »
 

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