Ibrahim
Pacha avait conduit ses troupes de Damas à Bethlé'hem, dans
le but d'y étendre l'influence de l'empire Ottoman, avec, à
la tête de son armée, le Général Saül Parhi.
La route avait été dure
pour tous. Ils n'aspiraient qu'à se reposer et se dépêchaient
d'installer leur campement.
Mais, pour le Général juif,
c'était tout autre chose : c'était la première fois
de sa vie qu'il parvenait jusqu'à la tombe de Rachel et, du fond
de son coeur, il priait pour que le destin lui donne la possibilité
d'améliorer le sort de ses frères juifs en Terre Promise,
tout comme sa famille et lui-même s'étaient toujours efforcés
de le faire dans leur propre pays : la Syrie.
Il soupira en pensant au lendemain matin.
Le Pacha avait donné ses ordres : Que tout le monde dorme de son
meilleur sommeil, demain matin, au lever du soleil, nous marcherons sur
Hébron !
Ibrahim Pacha et Saül Parhi ignoraient
qu'au même moment, tous les juifs de Hébron s'étaient
réunis à la Synagogue, jeûnant et priant pour leur
salut. Ils mesuraient l'importance du danger, prisonniers entre deux armées
en guerre. Certes, les arabes les traitaient atrocement, mais les massacres
causés par les armées turques du Pacha.
Pendant ce temps, au campement, tous dormaient
d'un profond sommeil à l'exception du général Parhi
qui n'arrivait pas à se détendre... Tout était bien
trop calme ! Finalement, il décida de se lever et d'aller prendre
l'air : cela lui ferait du bien.
Sur la pointe des pieds, il enjamba les
rangées de soldats qui ronflaient jusqu'à l'extrêmité
du camp et, instinctivement, décida de contrôler les sentinelles
: partout, les hommes, trop fatigués par leur longue marche n'arrivaient
pas à garder les yeux ouverts.
Saül se sentait mal à l'aise.
Quelque chose le perturbait par mais ne savait pas exactement quoi. Il
se dirigea instinctivement vers la tente du Pacha.
Un détail insolite le frappa :
il n'y avait pas de garde à l'extérieur. Saül se précipita
à l'intérieur de la tente : le corps du garde gisait à
terre dans une mare de sang. Près du Pacha endormi, un Arabe tenait
à la main un sabre affûté comme un rasoir !
Le général se jeta sur l'assaillant.
Les deux hommes se battirent avec violence pour leur vie et Saül réussit
enfin à immobiliser son adversaire.
Ibrahim Pacha sauta de son lit
- Que se passe-t-il ? Qui t'envoie
? hurla le Pacha
- Tu ne tarderas pas à le savoir
répliqua l'Arabe quand les courageux soldats de Hébron attaqueront
!
Au même moment, un cri terrible
se leva alors que la première vague de soldats arabes attaquaient.
Une lutte féroce s'engagea dans l'obscurité. Dans les deux
camps, les hommes tombaient.
Saül organisa ses troupes à
la hâte, regroupa ses hommes et lança une contre-attaque.
Il y eut des milliers de victimes de par et d'autre, mais, les attaquants
de Hébron furent finalement repoussés.
Le lendemain, la troupe consacra sa journée
aux soins des victimes et à l'inhumation des morts. Le Pacha leur
accorda trois jours de repos pour se préparer à l'ssaut de
Hébron.
- Ma dette envers toi est immense confia
Ibrahim Pacha au Général juif. Mon très cher ami,
comment pourrais-je te remercier ?
- Je n'ai fait que mon devoir répliqua
Saül. Mais il y a une chose que le Pacha pourrait m'accorder : beaucoup
de mes frères juifs vivent à Hébron. Ils n'ont aucune
responsabilité dans l'attaque que nous avons subie ; vous l'avez
vous-même constaté, il n'y avait pas un seul juif parmi les
ennemis que nous avons tués ou blessés. Alors, je prie le
Pacha d'ordonner à nos soldats d'assurer la sécurité
des juifs de Hébron quand nous attaquerons la ville.
- Qu'il soit fait ainsi ordonna le Pacha.
Que chacun sache qu'aucun mal ne doit être fait aux Juifs de Hébron.
Quiconque blessera ou même attentera à sa propriété,
sera sévèrement puni.
Le même jour, l'armée du
Pacha marcha sur Hébron. Le Général dirigeait l'attaque
et fut parmi les premiers à entrer dans la ville. Ses hommes et
lui, luttèrent pour se frayer un chemin jusqu'à la Synagogue.
Des soldats furent placés autour du bâtiment pour protéger
les juifs qui étaient à l'intérieur.
L'armée du Pacha ne fut pas longue
à prendre le contrôle de la ville.
A la fin de la bataille, le Général
Parhi revint à la Synagogue. Il salua ses frères juifs et
les assura de la bonne volonté du Pacha.
- C'est un miracle de D'ieu! Général,
vous nous avez sauvé la vie !
Mais Saül protesta : Ce n'est pas
moi qu'il faut remercier : ce sont peut-être vos prières qui
vous ont sauvés. Après tout, si je m'étais endormi
comme tout le monde au camp, aucun de nous ne serait vivant aujourd'hui
!
C'est le premier jour de Av que les armées
du Pacha prirent Hébron. Les années qui suivirent, la communauté
juive de Hébron consacra cette date comme journée de la délivrance
et, depuis lors, il la célèbrent dans la joie en exprimant
toute leur gratitude envers D'ieu.
Ce jour fut appelé : Pourim
Ibrahim Pacha .
(Adapté de Talks
and Tales)
