Éloge de la nuance ou quand les transsexuels font chanter les rabbins.

 

Quelle folie a poussé le jury israélien de l'Eurovision à choisir un transsexuel pour représenter la nation ? N'y avait-il donc pas d'autres belles voix dans le pays de David, le chantre d'Israël ? À mon humble avis ce choix a traduit non seulement la volonté subtile de se faire remarquer comme avant- gardiste lors d'une compétition officielle, mais aussi de faire un pied de nez aux religieux, piliers de la morale et des bonnes moeurs.

À travers cette fâcheuse histoire (qui fait rire ou pleurer selon l'angle de regard), nous voici renvoyés à cette tension permanente et insupportable entre "hilonim" et orthodoxes. Fâcheuse histoire, car elle révèle une fois de plus que les religieux n'ont que les laïcs qu'ils méritent. Le peuple juif ressemblent dans ce domaine à un élastique, quand on le tend d'un côté, il se tend inévitablement de l'autre. Voilà où mène le rigorisme de ghetto, la surenchère rituelle, l'anachronisme tartufien, la magouille politique, la négation de la citoyenneté, la sévérité des pères gardien de la mémoire, à une rébellion des fils qui ne sachant plus à quel saint (ou sein) se vouer s'en vont chercher d'autres rêves, d'autres cieux quand ce n'est pas un autre sexe.

Il y a urgence de reconstruire à la yéchiva, ou dans tout cercle d'étude, un discours cohérent qui donnerait à penser avant même d'agir, une pédagogie pour nos jeunes répentants, certes assoiffés de Dieu, mais si malléables par leur impétuosité, une parole fondée sur la nuance et non sur le catégorique. Car que propose ces maîtres-penseurs si prompts à condamner, tout ce qui ne leur ressemble pas ? la disparition pure et simple de cette réalité qu'is veulent critiquer.

Cette disqualification est facile, elle permet d'éviter tout effort d'appréciation de l'objet considéré, en appliquant aveuglement la bonne vieille recette binaire de la halakha "cacher ou taref". Au final, cette attitude de rejet traduit plus de paresse intellectuelle qu'un effort de réflexion, évitant ainsi de porter un regard critique sur son propre discours.

Pardonnez-moi d'apporter au moulin du débat, l'eau d'une expérience de cinq ans puisé au coeur même de la communauté, à Paris, en banlieue, en Province, à l'UEJF ou dans les mouvements de jeunesse. Combien de déçus, combien de mécontents, combien d'oubliés, combien de rejetés. Certains reviennent à la Torah, tant mieux, mais combien se dépossèdent d'eux- mêmes en faveur d'une instance supérieure (le Rav, le Rabbi, la Halakha, le méchant loup), ce qui est bien le contraire du face à face prôné par la Torah. Tant que le religieux voudra occuper la globalité de l'univers social, la totalité des consciences, tant qu'il refusera d'assumer le Chabath de Dieu, celui qui fonda la liberté de l'Homme et sa rébellion, tant qu'il bouchera l'espace vide de la rencontre, du dialogue voire du silence de la reconnaissance, nous aurons d'autres transsexuels, signe hypertrophié de notre recherche identitaire.

Oui les fils ont le mal du monde et les pères ne savent plus offrir l'espérance.

Philippe Haddad, rabbin de la jeunesse à l'ACIP.
phaddad@alliancefr.com

 

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