M. Worms, d'Europe de l'Est, se présente à la synagogue de Bar-sur-Marne pour le poste de chamach. Le conseil d'administration est tout à fait favorable, mais au moment de signer le contrat, on s'aperçoit avec consternation que ce monsieur ne sait pas écrire. Ils ne peuvent pas embaucher un illettré.
Worms commence alors à faire de la vente à domicile. Ça marche bien. Il achète ensuite une voiture. Ça marche encore mieux. Il ouvre un magasin, puis deux. Il veut en ouvrir d'autres, mais pour cela il doit demander un prêt à sa banque.
Le directeur de la banque ne demande pas mieux que de prêter à un client si solvable. Il donne les documents à parapher à Worms. Celui-ci signe d'une croix. Le directeur n'en croit pas ses yeux:
- Vous ne savez pas écrire?
- Comme vous voyez.
- Et malgré cela, vous avez réussi à monter une si belle affaire!
- Vous vous rendez compte de ce que vous seriez devenu si vous saviez écrire!
- Si j'avais su écrire ? je serais le chamach de la synagogue de Bar-sur-Marne!
***
Un capitaine de bateau retrouve sur une
ile perdue au fin fond du Pacifique un naufrage échoué
là depuis cinq ans. Horwitz-Robinson Crusoé rend
hommage au capitaine en lui faisant la
visite guidée de l'île : il a construit de ses propres
mains une rnaison et deux synagogues, une en bas et une autre
en haut d'une colline. Le capitaine s'étonne :
- Mais pourquoi avez-vous construit deux synagogues?
- C'est très simple ! Celle-ci, c'est celle où je vais, et celle-là en haut, celle ou je ne mets jamais les pieds!
***
Deux fidèles discutent à la synagogue:
- Vraiment, notre h'azan est extraordinaire, affirme l'un.
- Pff dénigre l'autre. Si j'avais sa voix, je chanterais tout aussi bien !
***
Un étranger dans la ville est à la recherche de Greenberg, le président de la synagogue.
- Quel Greenberg cherchez-vous? Ah! ce Greenberg! Celui qui a eu une histoire louche avec la secrétaire, celui qui parle
toujours tout seul ! Vous le trouverez dans la maison juste à
coté de la synagogue, au centre ville.
L'étranger se rend au centre ville et continue à chercher.
- Greenberg, vous dites ? Oui, il ne paie jamais ses dettes, et je peux vous dire qu'il en a! Si je peux vous donner un conseil d'ami, c'est de ne jamais jouer aux cartes avec lui, il triche, en plus ! Vous le trouverez un peu plus bas.
L'étranger arrive dans la bonne rue et demande à une dame où trouver ce fameux Greenberg.
- Greenberg ! Il habite dans la dernière maison de cette rue. Il maltraite sa femme, je l'entends crier et pleurer jusqu'ici. Vous verrez, la maison a besoin d'un sérieux coup de peinture.
L'étranger finit par trouver Greenberg. Il est curieux:
- Dites-moi, pourquoi êtes-vous président de la synagogue Qu'est-ce que cela vous apporte ?
- Ça ne m'apporte pas beaucoup, avoue Greenberg, mais vous savez, on a tous besoin d'un peu de kavod!
***
Deux Juifs prient côte à côte à la synagogue. Si l'on s'approche un peu, on peut entendre l'un des deux:
- Seigneur, Maître du Monde, Créateur de l'Univers, Toi à qui tout appartient, je T'en prie, je T'en supplie, accorde-moi de faire cette année un million de bénéfices. Qu'est-ce que c'est pour Toi un million ? Une goutte d'eau dans la mer ? Un grain de sable dans le désert ? Une étoile de plus dans le ciel, Dieu, je T'en prie !
Mais la voix de l'autre murmure obstin ément à côté de lui:
- Mon Dieu, je T'en supplie, fais-moi cadeau de... cinq francs... pour m'acheter un sandwich. Tu sais combien je Te suis fidèle, je prie chaque jour trois fois, je T'en prie, mon Dieu, cinq francs seulement!
Alors son voisin se tourne, sort une pièce de sa poche
et la lui donne :
- Tiens, les voilà, tes cinq francs, va t'acheter ton sandwich et tais-toi, laisse le bon Dieu s'occuper des choses sérieuses!
***
Le vieux Isaac harcèle Dieu à la synagogue:
- Seigneur, qu'est-ce que c'est pour Toi mille ans ? C'est une minute !
- Seigneur, qu'est-ce que c'est pour Toi un million de francs ? C'est un centime !
- Seigneur, fais-moi cadeau d'un centime!
Une voix lui répond:
- Attends une minute!
***
Gary Allouche, homme d'affaires prospère
et observant la pra-
tique religieuse, est en voyage à Tokyo un vendredi. Il
s'enquiert
de la synagogue, la trouve et y entre. Tous les fidèles
ont com-
mencé la prière. Ils sont tous japonais ! Yeux bridés
et peau mate,
même le rabbin ! A la fin de l'office, le rabbin s'approche
de lui :
- C'est un grand honneur pour nous d'accueillir un visiteur étranger. Vous êtes touriste ici ?
- Je suis en voyage d'affaires.
- Ah ! mais, excusez mon impolitesse, vous êtes juif ?
- Oui, tout à fait.
- C'est vraiment étonnant, vous n'avez pas le type!
***
Un jour de Roch Hachana , un homme se précipite
à la synagogue en bousculant le chamach.
- Eh ! Votre ticket ! crie le bedeau. (Les jours de fête,
comme il y a plus de monde, les synagogues délivrent des
tickets payants a ceux qui réservent leur place. Les autres
ont peu de chance de trouver une chaise.)
- Oh ! je n'ai pas de ticket, mais je dois absolument voir Moché Cohen, je ressors aussitôt.
Il est interdit d'entrer sans ticket ! réplique le chamach catégoriquement.
- C'est urgentissime, je vous dis ! je ressors immédiatement!
- OK! Allez-y, dit le bedeau, cédant dans un soupir... Mais que je ne vous prenne surtout pas à prier !
***
Le chamach de la synagogue n'en peut plus
le mariage est
terminé depuis deux heures et les invités sont encore
là dans le
hall, ils bavardent et ne se décident pas à partir.
En désespoir de
cause, il téléphone au rabbin.
- Que faire, ils ne veulent pas partir ?
- Criez : au feu!
- Je l'ai fait, ils ne sont pas partis.
- Criez : au voleur !
- Je l'ai fait aussi, ça n'a pas marché.
- Alors j'ai une meilleure idée : faites la quête.
***
Au cours d'une réunion très sérieuse entre Itshaq Rabin et Bill Clinton, ce dernier se penche tout à coup vers son interlocuteur israélien et lui demande en aparté :
- Dites-moi, Rabin, entre nous, comment se fait-il que vous les juifs soyez toujours au courant de tout avant tout le monde, ce qui fait que vous réussissez toujours mieux dans les affaires ?
Rabin réflèchit quelques instants puis répond:
- Je vais vous le dire : quand les Juifs se rendent à la
synagogue, le jour du Chabbat, c'est pour prier, oui, mais aussi
et surtout, pour se rencontrer et faire leurs affaires. Tout se
passe à la synagogue, croyez-moi.
Clinton décide immédiatement de se rendre incognito à la synagogue dès le prochain Chabbat. Déguisé en Juif, fausse barbe, chemise blanche, costume, kippa et chapeau, il se rend le vendredi soir dans une des nombreuses synagogues de la grande ville. Le silence religieux qui y règne le surprend, mais il patiente. Au milieu de l'office, les fidèles ne semblent pas plus animés qu'à son début. Le président se penche alors vers son voisin et lui chuchote :
- Quelles sont les dernières nouvelles ?
Le voisin :
- Chhhhh ! Il parait que Bill Clinton va bientôt arriver!
***
M. Taieb, grand industriel richissime, a décidé cette année d'être présent à la synagogue pendant toute la journée de Kippour. Il appelle son fondé de pouvoir et le sermonne:
- Demain, monsieur Vallon, il ne faut me déranger sous aucun Prétexte, même s'il y a un krach boursier, un tremblement de terre, une déclaration de guerre. je serai à la synagogue toute la journée. Bien sûr, s'il arrive quelque chose à l'un de mes proches, vous pouvez venir me le dire, mais rien d'autre !
- Bien, monsieur le directeur, je ne vous dérangerai pas demain.
M. Taieb est à la synagogue depuis le matin très tôt, il prie avec une ferveur telle qu'il n'en a pas connu depuis longtemps.
Vers la fin du jeûne, il aperçoit M. Vallon à la porte, qui lui fait de grands signes, qui l'appelle, qui doit lui dire quelque chose d'urgent. Profondément agacé, M. Taieb sort de la synagogue.
Monsieur Vallon, je vous avais pourtant
bien demandé de ne me déranger sous aucun prétexte.
Est-il arrivé quelque chose à un membre de ma famille,
Dieu préserve ?
Non, non, monsieur Taieb, ce n'est pas votre famille. je ne voulais
pas vous déranger, mais j'ai eu une proposition à
1550 francs, sur 100 000 titres de votre compagnie pétrolière,
ce qui est très avantageux, et je n'ai pas voulu prendre
une décision de cette importance sans vous demander votre
avis.
M. Taieb rentre dans une grande colère.
- Vallon, vous êtes renvoyé
! Oui, vous êtes renvoyé, et pour
deux raisons ! D'abord pour insubordination, parce que je vous
avais bien répété de ne pas venir me déranger
et vous êtes quand
même venu ; et ensuite pour incompétence : en effet,
les titres
avantageux que vous voulez vendre à 1550 francs se négociaient
ici à 1710 francs déjà en début d'après-midi!
***
Touitou a emmené ce Chabbat matin un ami non juif à la synagogue. Pour monter à la Torah pendant la lecture, Touitou offre deux cents francs. Aussitôt, son ami lance à voix haute:
- Trois cents !
- Eh ! Tu es devenu fou ?
- Mon vieux, si tu proposes deux cent francs
pour une affaire, je peux bien investir trois cents francs !
***
Dans un petit shtetl, la domestique polonaise de Mme Rotenberg est enceinte. Sa maîtresse lui demande de qui.
- C'est du rabbi, maîtresse.
- Comment ! Du rabbi ! Vous êtes folle!
- Non, non, je vous assure que c'est du rabbi!
Le lendemain, tout le shtetl est au courant du scandale. Le rabbi convoque la domestique:
- Tu dis que je suis le père du bébé que tu portes.
- Oui, rabbi.
- Mais ce n'est pas possible, je ne te connais pas je ne t'ai jamais vue!
- Mais ma maîtresse est stérile et elle est venue vous voir il y a quelques semaines. Vous lui avez donné une bouteille avec une potion dedans pour la guérir. J'en ai bu par erreur et j'ai été, enceinte.
- Il ne suffit pas de boire la potion pour être enceinte, il faut aussi un homme, tu comprends ?
- Oh oui, mais les hommes, c'est pas ça qui manque ici !
***
Rabbi Mikhal, un des maîtres du mouvement hassidique, arriva un jour dans une ville où il n'était jamais venu. Les notables de la ville vinrent lui souhaiter la bienvenue. Et lui, regardait longuement leurs fronts et revélait aussitôt ce qu'il fallait faire pour réparer les dégâts de leurs vies. Sa réputation fut vite faite : il savait lire sur le front et découvrir le caractère des gens. Aussi les visiteurs commencèrent-ils à arriver avec un chapeau enfoncé jusqu'au nez.
- Quelle erreur que la vôtre! s'exclama
Rabbi Mikhal. Un regard qui voit sous la chair peut à plus
forte raison traverser le chapeau !
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Rabbi Zeev Wolf de Zbaraj vit un jour son épouse accuser la bonne d'avoir cassé de la vaisselle précieuse et exiger d'elle le remplacement. La servante protestait de son innocence, et elles se querellaient, jusqu'à ce que la femme du rabbi décide de porter le cas devant le tribunal rabbinique. Elle s'habillait lorsqu'elle s'aperçut que son mari faisait de même :
- Pourquoi donc t'habilles-tu ? s'étonna-t-elle.
- C'est que j'ai l'intention d'y aller aussi, répondit le rabbi.
- Ce n'est pas la peine, je n'ai vraiment pas besoin de toi, ne perds pas ton temps pour cela, je sais parfaitement ce que j'ai à dire au tribunal, protesta la femme du rabbi.
- Oh, je suis sûr que toi tu sais, mais ta servante, elle, ne sait pas, et donc je vais pour prendre sa défense, car qui d'autre pourrait le faire?
***
Cette histoire se passe au xix' siècle dans un shtetl russe, durant un hiver très froid, si froid, si froid, que les pauvres souffraient encore plus qu'à l'ordinaire. Le rabbi choisit l'un des jours les plus froids pour solliciter le seul Juif riche de la ville, un homme réputé, pour son avarice. Il frappa à la porte, et l'homme vint ouvrir lui-même. C'était assurément le seul homme du village à ne porter qu'une chemise chez lui, tant sa maison était bien chauffée.
- Entrez donc, rabbi, il fait chaud dedans.
- Non, non, ce n'est pas la peine, je n'en ai que pour une minute.
Et le rabbi engagea avec l'homme une longue conversation, lui demandant des nouvelles de chaque membre de sa famille. L'homme claquait des dents, la porte toujours ouverte, priant sans cesse le rabbi d'entrer, mais le rabbi persistait dans son refus.
- Et le cousin de votre beau-frère, qui est parti à la ville, comment va-t-il ? continuait à demander le rabbi.
L'homme était bleu de froid.
- Au fait, rabbi, pourquoi êtes-vous venu me voir ? finit-il
par demander.
- Je suis venu vous demander de l'argent afin d'acheter du charbon pour les pauvres du village.
- Eh bien, pourquoi n'entreriez-vous pas, que nous en parlions bien au chaud à l'intérieur ?
- Parce que, si j'entre chez vous, nous nous assiérons à côté de votre cheminée, nous aurons chaud, et quand je vous expliquerai que les pauvres souffrent du froid, vous ne comprendrez pas. Vous me donnerez cinq roubles, ou même dix. Mais comme cela, dehors, alors que vous sentez le froid depuis tout à l'heure, si je vous dis que les pauvres souffrent du froid, je pense que vous comprendrez mieux, pas vrai ?
L'homme fut heureux de donner cent roubles au rabbi, ne serait-ce que pour pouvoir fermer sa porte et retourner s'asseoir à côté de sa chère cheminée.
***
Un rabbi et son disciple en voyage ont dormi dans la même chambre d'auberge. Le disciple se fait réveiller très tôt le matin pour prendre le train. Il s'habille rapidement dans le noir. Arrivé à la gare, il s'aperçoit qu'il porte les habits de son maïtre.
- Quel imbécile, cet aubergiste, au lieu de me réveiller il a réveillé le rabbi !
***
Un pauvre Juif vient demander conseil et aide à son rabbin:
- Je n'en peux plus, nous sommes, moi, ma femme, sa mère et nos six enfants, dans une seule pièce minuscule, on n'a qu'une petite chèvre, on est tous les uns sur les autres, on s'énerve, on devient méchants entre nous, c'est insupportable, rabbi, que faire ?
- Prends ta chèvre avec toi dans la pièce et reviens
dans un mois.
- Comment, rabbi, mais c'est déjà tout petit!
- Prends ta chèvre.
Le pauvre homme ne peut se dérober à ce conseil qu'il est venu chercher lui-même. Un mois après, il revient voir son rabbin:
- Rabbi, c'est encore pire qu'avant, et en plus maintenant ça sent mauvais parce qu'elle fait partout !
- Continue comme ça, et reviens dans un mois.
Le mois se passe. L'homme, désespère, revient.
- Je me suicide, rabbi, c'est l'enfer sur terre!
- Mets la chèvre dehors.
Le pauvre homme se précipite. Le lendemain, radieux, il revient chez son rabbin :
- Rabbi, vous êtes un ange et j'habite au paradis ! La maison n'a jamais été aussi grande!
***
Deux rabbins sont très amis et partagent une passion commune : le football. Un jour, ils prêtent serment l'un à l'autre. Le premier qui mourra devra apparaître à l'autre pour lui révéler si on joue au foot dans le monde futur.
L'un des deux meurt, il tient sa promesse de se manifester en rêve à son ami :
- Alors, quelles nouvelles de là-bas ?
- J'ai deux nouvelles pour toi, une bonne et une mauvaise. La bonne c'est qu'on joue au foot ici, il y a des super-terrains. La mauvaise, c'est que tu joues la semaine prochaine.
***
Deux étudiants de yechiva discutent de la vie et de la mort, et l'un d'eux énonce cette conclusion :
- En fin de compte, je pense que la mort n'est pas un malheur, parce qu'on a tant de soucis sur terre qu'il vaut mieux ne pas être né.
- Tout à fait d'accord, aquiesce l'autre, mais combien d'hommes ont eu cette chance ?
***
Un homme qui avait beaucoup péché dans sa vie vint trouver un jour Rabbi Naphtali pour savoir comment faire pénitence. Seulement, il avait trop honte pour s'accuser lui-même de tous ses péchés. Il imagina donc de raconter qu'il venait pour un ami qui n'osait pas se montrer. Rabbi Naphtali, devant cet homme qui respirait la ruse, se mit à sourire et soupira :
- Quel sot, ton ami ! Il aurait bien pu venir lui-même et me raconter qu , il venait pour un autre qui avait honte!
***
Dans une petite synagogue de banlieue, on cherche un rabbin. Un mois, deux-mois, trois, personne ne se présente. Un an, deux ans. La troisième année, un jeune rabbin japonais pose sa candidature. Il est pris à l'essai pour six mois. Il est extraordinaire et pourtant, au bout des six mois, on lui annonce qu'il ne pourra pas rester. Il proteste :
- Je ne mène pas bien les offices du Chabbat ?
- Oh si, vous faites très bien les offices, lui répond-on.
- Je ne mène pas bien les offices des fêtes ?
- Oh, vous les menez parfaitement bien.
- Je ne lis pas bien dans la Torah ?
- Oh si, vous lisez sans fautes.
- Je ne sais pas bien faire les sermons ?
- Oh si, vos sermons sont très appréciés.
- Je ne m'occupe pas bien des jeunes ?.
- Oh si, vous vous occupez d'eux exactement comme il faut.
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