Edith Davidovici ou l'hymne à la vie.
" On ne peut pas vivre avec son malheur d'avant"
Edith Davidovici y croit fermement. Déportée à l'âge de 20 ans, elle a réussi à "mettre de côté " cette partie de sa vie. Pourtant elle a dû faire face à l'horreur la plus absolue : Auchwitz. Mariée depuis 4 mois,elle sera déportée avec son mari et sa belle-soeur. Enceinte, elle saura cacher son état, protégeant vainement cet enfant qui naîtra pour mourir. Malgré tout, elle s'en sort. Grâce à la foi.
" J'ai réussi à avoir la vie sauve grâce à la foi, l'Emouna que j'avais pendant et après la déportation. C'est un don de Dieu et l'avoir est un trésor inestimable. "
Cette étincelle d'espoir qu'elle savait rallumer tous les vendredi soir avec une bougie achetée à prix d'or. Au prix d'une tranche de pain, repas d'une journée, cette même étincelle qui a su la faire revenir de l'Enfer. Mais aussi avec cette volonté de croire que rien n'est vraiment fini, qu'il reste toujours un peu d'espoir même dans le plus grand désespoir. Croire que le meilleur reste à venir, même quand le pire n'est pas encore passé. Que chaque jour est peut-être le dernier, le dernier de cet enfer maudit, dont le souvenir reste à jamais marqué tel que ce numéro tatoué sur son bras.
Edith pourquoi tant d'horreurs ?
"Lorsque du bien nous arrive, on le reçoit sans chercher à comprendre, nous considérons que c'est normal, que c'est un dû .Nous devons avoir la même attitude face aux épreuves, aussi dures soient-elles. Nous ne sommes pas en mesure de juger l'Histoire du monde . Il ne faut pas penser que la Shoa est une punition, car tous ceux qui sont partis étaient "purs.""
.Edith considère qu'elle a eu de la chance. Chance de ne pas avoir été tondues elle et sa belle-soeur, chance d'avoir eu un tatouage de plus petite taille, piètres détails semblent-ils, mais dans l'antichambre de la mort, l'espoir est roi. Peut-être qu'Edith à su mieux que d'autres capter les signes d'espoir que lui envoyait la vie"La notion du bonheur ne s'apprécie pas dans l'absolu dit-elle, mais relativement au malheur des autres ". Fille du Rabbin Stern, elle a reçu une éducation stricte, riche d'enseignement, riche d'amour vrai. Cet amour qu'elle savait inaltérable. " Je savais que mes parents m'attendaient, et qu'ils priaient pour moi". Ces parents qui ont su forger son capital confiance. Confiance en soi, confiance en Dieu mais n'est-ce pas un peu la même chose ?
C'est cette force qui lui a permis d'avoir de la chance. La chance n'est pas un privilège, c'est la récompense de l'optimisme.
Croire, c'est avant tout croire en la vie et croire en la vie, c'est croire en Dieu."Une fois mort, on ne sert plus à rien" Edith nous donne l'exemple d'une jeune fille très pieuse qui continua à jeûner le lundi et le jeudi, elle mourut deux mois plus tard.
Edith, elle a pu retrouver ses parents après la guerre , son mari ne revint pas. Elle commencera une nouvelle vie avec un ancien déporté . C'était l'unique façon de pouvoir recommencer : "il fallait qu'on ait vécu la même chose, dit -elle, sinon ce n'était pas possible". Erudit en Thora, apprécié par son père , il devient son mari et le père de ses cinq enfants, tous mariés aujourd'hui.
Sensibilisée au sujet de l'education des enfants, elle pense qu'il faut responsabiliser les enfants trés tôt, savoir aussi doser sévérité et amour,. et que si il est vrai que les enfant ont des droits "ils ont aussi des devoirs,que l'habitude de la rigueur aide à franchir les moments difficiles de la vie. Ce sont les personnes les plus gâtées qui sont le moins aptes à surmonter leurs épreuves."affirme -t -elle.
Aujourd'hui grand-mère comblée, elle sait pourtant que les souvenirs ne sont jamais très loin, il suffit de laisser entrouvrir la porte de la mémoire pour que tout à coup éclate ce qui semblait être un volcan à jamais éteint. On dit que seules les pierres ne pleurent pas. Pour Edith, et pour d'autres, il y a des pierres qui non seulement pleurent mais parlent bien plus qu'un livre, ce sont celles de Yad Vaschem. Deux plaques de marbre au nom de son enfant et de son mari. Il lui reste des dates surtout une, celle du 25 décembre d'autres fêtent Noel, même chez nous, pour elle son fils aurait eu un an de plus.
Claudine Douillet/ Agnés Lerbré.