Rencontre avec Béate Klarsfeld,

Une héroïne de notre Histoire

 

En 1960 Béate arrive à Paris et rapidement elle rencontre Serge Klarsfeld. Avec lui, elle ouvre les yeux sur l'Allemagne de1939 à 1945. Horrifiée, elle découvre les crimes perpétrés contre le peuple juif. C'est une jeune Allemande, révoltée devant l'injustice, qui entreprend le combat. Elle dénonce les nazis encore présents dans le gouvernement Allemand, puis étend son action en poursuivant, avec son Mari Serge Klarsfeld, les criminels nazis cachés dans le monde.Béate ne reculera devant aucune menace et prendra tous les risques. Avec simplicité, elle est aujourd'hui une héroïne de notre histoire.

Beate Klarsfeld: Tout a commencé avec mon action en Allemagne. Je me sentais personnellement concernée. J'étais révoltée de voir, qu'en Allemagne, d'anciens membres du parti nazi, d'anciens criminels, pouvaient encore occuper des fonctions de responsabilités: aux affaires étrangères, à la police, et, jusqu'au premier ministre, le chancelier Kiesinger. Mon premier engagement fut contre le chancelier Kiesinger en 1968. Le monde devait savoir que le chef du gouvernement allemand était un ancien nazi propagandiste. Après une campagne d'informations traditionnelles qui ne donnait rien, nous avons commencé à employer des moyens plus spectaculaires.

1968:"Je suis allée en Allemagne et j'ai giflé le chancelier KIesinger au congrés de son parti"

Je suis allée à Berlin et j'ai giflé le chancelier au congrès de son parti. J'ai crié "Kiesinger, nazi, démissionne". Les médias étaient présents. Symboliquement, je représentais la jeune génération qui gifla le "père" nazi. C'était une action spectaculaire. Une gifle, ce n'est pas une violence, mais ça a marqué le peuple allemand et montré que la jeunesse allemande refusait que d'anciens nazis occupent des postes importants dans leur gouvernement.

Alliance: Vous avez mené d'autres opérations spectaculaires, en Syrie, au Chili, qui n'étaient pas sans risques, quelle a été votre plus grande frayeur?

Beate :On ne se rend pas vraiment compte dans l'action, car il y a beaucoup de préparation. Concernnant le chancelier allemand, avant d'arriver à la gifle, il fallait arriver à Berlin, avoir un carton d'invitation, aller à différentes réunions et être crédible. Ensuite, il fallait déjouer les gardes du corps et enfin approcher et gifler le chancelier.La frayeur vient après.

Alliance: En partant militer dans les pays arabes, ou réclamer l'extradition de criminels nazis, vous pouviez ne pas revenir. En tant que mère de famille, comment gère-t-on cette situation ?

 

Beate : Si on commence à se poser des questions, on ne fait rien du tout. Il y a quand même une priorité dans l'action. Si vous prenez en considération tous les problèmes du quotidien, vous ne faites jamais rien! Ca ne veut pas dire qu'on est une mauvaise mère, on prend, bien sûr, des précautions. J'étais entourée par ma belle mère et ce n'était pas des actions entièrement "Kamikaze". Je partais avec mon nom et mon combat "l'Allemande qui se bat pour la moralité de son peuple". Mon mari, de Paris, faisait rapidement savoir que j'arrivais et dans quel but. Il y a toujours le risque d'une bavure, mais en principe, les dirigeants d'une police n'ont pas envie d'avoir un assassinat sur les bras.

Alliance :L'engagement pour cette cause , est-il un engagement d'amour pour votre mari, un engagement de justice pour le drame du peuple juif ou une façon de vous intégrer et d'être reconnue par la communauté juive?

Beate: Ma cause est mon engagement pour la justice. J'ai commencé avec l'affaire Kiesinger et Serge m'a beaucoup aidé. Après, nous avons commencé à travailler ensemble sur le problème des criminels nazis ayant agi en France. Pour beaucoup de monde Serge et moi représentions surtout une promesse. Celle d'un couple franco- allemand, de surcroît Juif et non-juif qui s'engageaient pour une cause, une petite équipe, sans moyen financier et sans aide mais qui faisaient changer les choses.

Alliance: - Qu'elle éducation avez vous transmise à vos enfants, juive, non-juive, ou plus particulièrement le goût de vos combats ?

Beate : Mon mari n'est pas un juif pratiquant, c'est un juif de la mémoire. Son père a été déporté, son éducation est française et les enfants ont suivi. Arnaud représente la partie civile dans l'affaire Touvier et Papon et il se bat contre Lepen...Ma fille sera bientôt avocate et s'investira aussi dans l'affaire Papon. Ils ont suivi notre route automatiquement, ils ont toujours vécu ce combat.

Alliance :Vos enfants reprennent le flambeau, mais n'avez- vous pas le sentiment, peut-être, de les avoir détourné d'une vocation plus personnelle ?

 

 

Beate : Le flambeau, il n' y en a plus, les criminels nazis sont pratiquement tous morts ou en prison. Ils ne peuvent plus avoir les mêmes engagements que nous ! En revanche, un travail pour la transmission de la mémoire ou la lutte contre le Front National reste à faire, et c'est peut-être leur vocation.

Alliance : Comment avez--vous rallié l'opinion publique à votre cause?

Beate : Quand nos actions sont devenues spectaculaires, des gens nous ont rejoints. C'est souvent le cas lorsque la cause est juste. A Cologne, en 1979, pour le procès des trois hauts responsables de la déportation juive de France, Kurt LISCHKA, Ernst HEINRICHSOHN, Herbert HAGEN, nous avons eu le soutien de la communauté juive. Avec les jeunes manifestants, nous avons provoqué de petits incidents, la police est intervenue et nous arrêtés nous, mais pas les criminels nazis.

Avec ce genre d'actions répétées une dizaine de fois, on arrive à mobiliser favorablement l'opinion publique, en France, en Israël, et même en Allemagne. Lors des 35 sessions du procès, la salle était comble de jeunes juifs prenaient le train depuis Paris et rentraient de Cologne le soir. Quand vous commencez à agir, les gens se joignent à vous.

Alliance :Quelles sont vos craintes pour demain?

Beate : Le chômage, le front national, l'automatisation, l'Europe et ses conséquences, toutes ces situations de crise économique sont toujours propices aux mouvements d'extrême -droite. Il faut garder la paix.

 

Propos recueillis par Patricia Champion

 

Rencontre avec Béate Klarsfeld,

Une héroïne de notre Histoire

 

En 1960 Béate arrive à Paris et rapidement elle rencontre Serge Klarsfeld. Avec lui, elle ouvre les yeux sur l'Allemagne de1939 à 1945. Horrifiée, elle découvre les crimes perpétrés contre le peuple juif. C'est une jeune Allemande, révoltée devant l'injustice, qui entreprend le combat. Elle dénonce les nazis encore présents dans le gouvernement Allemand, puis étend son action en poursuivant, avec son Mari Serge Klarsfeld, les criminels nazis cachés dans le monde.Béate ne reculera devant aucune menace et prendra tous les risques. Avec simplicité, elle est aujourd'hui une héroïne de notre histoire.

Beate Klarsfeld: Tout a commencé avec mon action en Allemagne. Je me sentais personnellement concernée. J'étais révoltée de voir, qu'en Allemagne, d'anciens membres du parti nazi, d'anciens criminels, pouvaient encore occuper des fonctions de responsabilités: aux affaires étrangères, à la police, et, jusqu'au premier ministre, le chancelier Kiesinger. Mon premier engagement fut contre le chancelier Kiesinger en 1968. Le monde devait savoir que le chef du gouvernement allemand était un ancien nazi propagandiste. Après une campagne d'informations traditionnelles qui ne donnait rien, nous avons commencé à employer des moyens plus spectaculaires.

1968:"Je suis allée en Allemagne et j'ai giflé le chancelier KIesinger au congrés de son parti"

Je suis allée à Berlin et j'ai giflé le chancelier au congrès de son parti. J'ai crié "Kiesinger, nazi, démissionne". Les médias étaient présents. Symboliquement, je représentais la jeune génération qui gifla le "père" nazi. C'était une action spectaculaire. Une gifle, ce n'est pas une violence, mais ça a marqué le peuple allemand et montré que la jeunesse allemande refusait que d'anciens nazis occupent des postes importants dans leur gouvernement.

Alliance: Vous avez mené d'autres opérations spectaculaires, en Syrie, au Chili, qui n'étaient pas sans risques, quelle a été votre plus grande frayeur?

Beate :On ne se rend pas vraiment compte dans l'action, car il y a beaucoup de préparation. Concernnant le chancelier allemand, avant d'arriver à la gifle, il fallait arriver à Berlin, avoir un carton d'invitation, aller à différentes réunions et être crédible. Ensuite, il fallait déjouer les gardes du corps et enfin approcher et gifler le chancelier.La frayeur vient après.

Alliance: En partant militer dans les pays arabes, ou réclamer l'extradition de criminels nazis, vous pouviez ne pas revenir. En tant que mère de famille, comment gère-t-on cette situation ?

 

Beate : Si on commence à se poser des questions, on ne fait rien du tout. Il y a quand même une priorité dans l'action. Si vous prenez en considération tous les problèmes du quotidien, vous ne faites jamais rien! Ca ne veut pas dire qu'on est une mauvaise mère, on prend, bien sûr, des précautions. J'étais entourée par ma belle mère et ce n'était pas des actions entièrement "Kamikaze". Je partais avec mon nom et mon combat "l'Allemande qui se bat pour la moralité de son peuple". Mon mari, de Paris, faisait rapidement savoir que j'arrivais et dans quel but. Il y a toujours le risque d'une bavure, mais en principe, les dirigeants d'une police n'ont pas envie d'avoir un assassinat sur les bras.

Alliance :L'engagement pour cette cause , est-il un engagement d'amour pour votre mari, un engagement de justice pour le drame du peuple juif ou une façon de vous intégrer et d'être reconnue par la communauté juive?

Beate: Ma cause est mon engagement pour la justice. J'ai commencé avec l'affaire Kiesinger et Serge m'a beaucoup aidé. Après, nous avons commencé à travailler ensemble sur le problème des criminels nazis ayant agi en France. Pour beaucoup de monde Serge et moi représentions surtout une promesse. Celle d'un couple franco- allemand, de surcroît Juif et non-juif qui s'engageaient pour une cause, une petite équipe, sans moyen financier et sans aide mais qui faisaient changer les choses.

Alliance: - Qu'elle éducation avez vous transmise à vos enfants, juive, non-juive, ou plus particulièrement le goût de vos combats ?

Beate : Mon mari n'est pas un juif pratiquant, c'est un juif de la mémoire. Son père a été déporté, son éducation est française et les enfants ont suivi. Arnaud représente la partie civile dans l'affaire Touvier et Papon et il se bat contre Lepen...Ma fille sera bientôt avocate et s'investira aussi dans l'affaire Papon. Ils ont suivi notre route automatiquement, ils ont toujours vécu ce combat.

Alliance :Vos enfants reprennent le flambeau, mais n'avez- vous pas le sentiment, peut-être, de les avoir détourné d'une vocation plus personnelle ?

 

 

Beate : Le flambeau, il n' y en a plus, les criminels nazis sont pratiquement tous morts ou en prison. Ils ne peuvent plus avoir les mêmes engagements que nous ! En revanche, un travail pour la transmission de la mémoire ou la lutte contre le Front National reste à faire, et c'est peut-être leur vocation.

Alliance : Comment avez--vous rallié l'opinion publique à votre cause?

Beate : Quand nos actions sont devenues spectaculaires, des gens nous ont rejoints. C'est souvent le cas lorsque la cause est juste. A Cologne, en 1979, pour le procès des trois hauts responsables de la déportation juive de France, Kurt LISCHKA, Ernst HEINRICHSOHN, Herbert HAGEN, nous avons eu le soutien de la communauté juive. Avec les jeunes manifestants, nous avons provoqué de petits incidents, la police est intervenue et nous arrêtés nous, mais pas les criminels nazis.

Avec ce genre d'actions répétées une dizaine de fois, on arrive à mobiliser favorablement l'opinion publique, en France, en Israël, et même en Allemagne. Lors des 35 sessions du procès, la salle était comble de jeunes juifs prenaient le train depuis Paris et rentraient de Cologne le soir. Quand vous commencez à agir, les gens se joignent à vous.

Alliance :Quelles sont vos craintes pour demain?

Beate : Le chômage, le front national, l'automatisation, l'Europe et ses conséquences, toutes ces situations de crise économique sont toujours propices aux mouvements d'extrême -droite. Il faut garder la paix.

 

Propos recueillis par Patricia Champion