1 On ne fait pas la
guerre à quiconque avant de lui avoir fait des propositions de paix,
aussi bien pour une guerre facultative que pour une guerre de Mitsvah, ainsi
qu'il est dit: "Lorsque tu t’avanceras vers une ville pour la combattre,
tu feras une proposition de paix"(1).
S’ils ont accepté et ont adopté les sept lois ordonnées
aux fils de Noé(2), on ne peut tuer aucun d’entre eux et ils sont
soumis au tribut, comme il est dit : "Ils te seront redevables
et te serviront"(1).
S’ils ont accepté de payer le tribut mais pas l'assujettissement,
ou qu’ils se soient soumis mais refusent de payer le tribut, on ne pactise
pas avec eux jusqu’à ce qu’ils acceptent ces deux choses.
La soumission qu’ils doivent accepter, c’est d’être au plus bas niveau,
de ne pas s’élever au-dessus d’Israël, et de leur être
dépendants. Ils ne pourront jamais être nommés à
une fonction sur Israël.
Le tribut auquel ils se plient, c’est d’être à la disposition
des travaux royaux, tant par leur personne que par leurs biens, comme par
exemple la construction des murailles et la fortification des citadelles,
la construction du palais du roi et les travaux semblables, ainsi qu'il
est dit: "Voici le compte-rendu de l’impôt levé par le Roi
Salomon pour construire la maison de D.ieu, son palais, le Millo et la muraille
de Jérusalem (…) et toutes les villes d’approvisionnement de Salomon
(…) tout le peuple qui survivait d’entre les Amoréens (…) Salomon
les avait asservis au tribut jusqu’à ce jour et d’entre les enfants
d’Israël, aucun n’était asservi car ils étaient les soldats,
ses serviteurs, ses princes, et ses capitaines et les commandants de ses
chars et de sa cavalerie"(3).
2 Le roi leur pose comme condition de confisquer la moitié de leurs
biens : soit leurs terres et il leur laisse les biens mobiliers, soit
leurs biens mobiliers et il leur laisse leurs terres selon les conditions
qu’il dicte.
3 Il est interdit de manquer à ce pacte après qu'ils aient
fait la paix et aient reçu les sept lois.
4 S’ils n’ont pas accepté de pacte, ou qu’ils ont accepté
sans recevoir les sept lois, on leur livre combat et on tue les hommes adultes,
on capture leurs biens et leurs enfants; on ne tue ni femme ni enfant, ainsi
qu'il est dit: "Les femmes et les enfants"(4)
pour inclure l'interdiction de tuer les enfants mâles.
Dans quel cas agit-on ainsi? C’est lors d’une guerre d’extension avec les
autres peuples. Mais les sept peuples ou Amalek qui refuseraient de pactiser,
on n’en laisse pas un seul vivant, comme il est dit "Ainsi tu feras
pour tous (…) mais quant aux villes de ces peuples (…) tu n’en laisseras
pas vivre un seul"(4) et de même il est dit pour Amalek "Tu effaceras
le souvenir d’Amalek" (5).
D’où savons-nous que ces deux textes ne concernent que ceux qui n’auraient
pas pactisé? C’est parce qu’il est écrit "il n’y eut pas une
ville pour faire la paix avec les enfants d’Israël excepté le
‘Hévéen qui habite en Gabaon; tout fut conquis par les armes.
C’est de D.ieu que leur provenait ce courage d’affronter les enfants d’Israël,
afin qu’ils y soient exterminés"(6). Ce texte nous enseigne qu’ils
leur avaient proposé une paix qu’ils avaient refusée.
5 Josué a adressé trois propositions de paix avant d’entrer
en terre d’Israël. La première qu’il avait envoyée était
"Que celui veut fuir, fuie!".
Puis il a annoncé: "Que celui qui veut traiter avec nous vienne traiter!"
Puis il a envoyé dire "Que celui qui veut la guerre, vienne se battre!".
Si c’est ainsi, pourquoi les habitants de Gabaon ont-ils usé de ruse?(7)
Parce que Josué leur avait adressé la lettre parmi tous les
autres peuples de Canaan, et eux l’avaient refusée. Ils ignoraient
les lois de la guerre chez Israël, et pensaient qu’il ne leur serait
pas fait à nouveau de proposition de paix.
Pourquoi leur cas parut-il litigieux aux chefs d’Israël, qui estimaient
qu’il faudrait les tuer si ce n’était la promesse qui leur avait
été faite? Parce qu’ils avaient conclu une alliance avantageuse
avec eux, alors qu’il est dit "tu ne concluras pas d’assurance avec eux"(8)
et qu’ils auraient dû être asservis. Puisque la promesse avait
été obtenue par erreur, il aurait été justifié
de les tuer pour leur mensonge, si ce n’est la profanation du nom de D.ieu
qui en eut résulté.
6 A Amon et Moab on ne fait pas de proposition de paix comme il est dit
"Tu ne chercheras ni leur paix, ni leur bien tous les jours durant"(9).
Nos Sages ont enseigné: puisqu’il est dit "Tu lui feras un appel
à la paix"(1), on aurait pu croire qu’il en est de même pour
Amon et Moab, mais il est dit "Tu ne chercheras ni leur paix, ni leur bien".
Puisqu’il est dit "Avec toi il résidera au milieu de toi (…) A son
aise, tu ne le maltraiteras point"(10), on aurait
pu croire que cela est valable pour Amon et Moab aussi, mais il est dit
"ni leur bien".
Bien qu’on ne leur fasse pas de propositions de paix, si d’eux-mêmes
ils viennent la demander les premiers, on les accepte.
7 Lorsqu’on fait le siège d’une ville pour la prendre, on ne l’entoure
pas des quatre côtés, mais de trois côtés et on
laisse une sortie pour les fuyards et tous ceux qui veulent sauver leur
vie, ainsi qu'il est dit: "Ils menèrent le combat contre Midian selon
les prescriptions de D.ieu"(11).
Le texte même nous enseigne que D.ieu avait édicté des
règles à ce propos(12).
8 On ne coupe pas les arbres fruitiers autour de la ville, et on n’en détourne
pas l’irrigation pour les assécher, ainsi qu'il est dit : "Tu n’en
détruiras pas les arbres"(4) Et celui qui les coupe subit la flagellation.
Ce n’est pas seulement lors d’un siège, mais en toutes circonstances,
celui qui coupe un arbre fruitier dans un but destructeur reçoit
la flagellation.
Mais on peut le couper si cet arbre nuit à d’autres arbres, ou qu’il
nuit au champ du voisin, ou si c’est un bois de valeur. La loi n’interdit
que l’abattage qui serait un acte destructif.
9 Tout arbre non fruitier, il est permis de l’abattre, même sans besoin.
De même un arbre fruitier ancien et qui produit si peu que cela ne
vaut plus la peine qu’on s’en donne, il est permis de le couper. Quelle
quantité doit donner un olivier pour qu’on ne le coupe pas? Un quart
de Kab(13) d’olives. Un palmier qui produit un Kab de dattes ne peut pas
être coupé.
10 Il n'y a pas que les arbres: celui qui casse des objets, ou déchire
des vêtements, détruit une maison, bouche une source ou gâche
des aliments, dans un but de destruction, transgresse l’interdiction de
"tu ne détruiras pas"; il ne reçoit pas la peine de flagellation(14)
mais la bastonnade instituée pas les Sages.
11 On commence le siège d’une ville des idolâtres jusqu’à
trois jours avant Chabbat, et on les combat tous les jours suivants y compris
le Chabbat, ainsi qu’il est dit "jusqu’à sa chute"(4), serait-ce
Chabbat, aussi bien ou une guerre de Mitsvah que pour une guerre d’extension.
12 Lorsque l’on campe, on peut établir le camp en tout endroit(15).
Celui qui meurt au combat, là même où il est tombé
il sera enterré. Il "acquiert" cet emplacement comme le mort trouvé(16).
13 Les Sages ont permis quatre choses à une armée en campagne:
on peut manger le Demaï(17).
on est dispensé de l’ablution des mains avant le repas,
on se fournit en bois de n’importe où. Même si on en a trouvé
coupé et séché, on n'y prête pas attention lorsqu'on
est en guerre.
On est également dispensé de faire un Erouv ‘Hatserot(18),
et on transporte d’une tente à l’autre ou d’un abri à l’autre,
et ceci à condition que le camp soit entouré d’une palissade
de 10 palmes de hauteur pour pouvoir constituer un domaine privé
comme ceci a été expliqué dans les lois de Chabbat.
A moins de 10 palmes, une clôture ne comptera pas(19).
De la même façon qu’ils sont dispensés de tout ceci
à l’aller, ils en sont dispensés au retour.
14 Il est interdit de s’exonérer à l’intérieur du camp
ou dans un endroit quelconque en plein champ et c’est un commandement positif
de préparer un chemin réservé pour s’y libérer,
ainsi qu'il est dit: "un endroit tu prépareras à l’extérieur
du camp" (10).
15 De même, c’est un commandement positif que chacun ait une bêche
parmi ses instruments de guerre et il sortira vers cet endroit et il creusera
un trou pour s’exonérer, et il le recouvrira, ainsi qu'il est dit
: "Tu auras une bêche parmi tes armes" (10).
Que l’Arche Sainte soit avec eux en campagne, ou qu’elle n’y soit pas, c’est
ainsi qu’ils doivent toujours faire, comme il est dit "Et ton camp sera
saint" (10).
== Notes ================================
1 Deut. 20,10 à16.
2 Ces lois, implicites dans le texte de la Torah sont détaillées
dans le chapitre 9 des Lois des Rois de Maïmonide:
1 l'interdiction de l'idolâtrie
2 l'interdiction du meurtre.
3 l'interdiction du vol.
4 l'interdiction de l'inceste.
5 l'interdiction de blasphémer.
6 l'interdiction de consommer la chair d'un animal vivant.
7 l'obligation de se doter de tribunaux et de lois régissant la cité.
3 Rois I chap.9.
4 Deut. 20,14 et suiv.
5 Deut 25, 19.
6 Josué 11, 19.
7 Voir Josué 9,9. Les Habitants de Gabaon avaient feint d'habiter
une contrée lointaine et obtenu de Josué un traité
de paix dans des conditions bien plus favorables que ce qui leur aurait
été proposé en prémisses d'une guerre.
8 Deut. 7,2.
9 Deut. 23,7.
10 Deut 23,13 et suiv.
11 Nombres 31,7.
12 Sur la tactique à suivre.
13 Un Kab = volume de 2,197 litres
14 Nous appelons flagellation la peine de Malkout prévue par la Torah
prévue pour la transgression d’une Mitsvah négative. Lorsque
la peine est appliquée non pas en fonction de la Loi écrite
mais en fonction d’une décision des Sages, nous l’appelons ici bastonnade
(Mardout).
15 Y compris dans une propriété privée.
16 Le mort trouvé sur le chemin, qui est enterré sur place
(Lois du deuil, chap.3,8)
17 Fruit dont on ne sait pas si les prélèvements obligatoires
ont été effectués correctement.
18 Voir Lois du Erouv, chap.1, concerne les aménagements permettant
de porter durant le Chabbat d’une maison à l’autre.
19 La palme vaut à peu près 10 cm. La version yéménite
diffère et dit : "il n’y a pas de camp de moins de 10 hommes".
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